Nothing – ‘Tired of Tomorrow’

Album / Relapse / 13.05.2016
Boite à souvenirs

Fondé sur des racines punk hardcore, Nothing s’est très vite éloigné de cette base poisseuse pour accéder en deux albums à des formes au but commun : raviver la flamme des années 90 sitôt qu’un des membres du quatuor empoigne son instrument. Depuis ce premier riff joué les yeux tournés vers le ciel sur l’introductif ‘Fever Queen’, c’est tout le pan d’une époque qui semble s’animer : shoegaze, post-hardcore, grunge s’assemblent au cœur des compositions de ce groupe de Philadelphie qui a trouvé le plus joli des écueil pour abriter son propos très sombre et son passé très trouble.

Avant de créer Nothing, le chanteur Domenic Palermo a passé deux ans en prison pour avoir poignardé quelqu’un à un concert. L’an passé, il s’est fait traquer par une bande d’hardcore guys avant de se faire tabasser jusqu’au trauma crânien. Difficile pourtant d’imaginer les torrents de noirceurs qui couvent à l’intérieur de la tête des membres du groupe, surtout quand leur musique donne à la première écoute un reflet complètement opposé à tous ces moments douloureux. En effet, on se perd une fois plongé dans ce ‘Tired Of Tomorrow’ pris dans la nasse des effets et des boucles qui renferment sa longue étreinte comme les moments les plus captivants de Slowdive, My Bloody Valentine et des Smashings Pumpkins. Les guitares sont tendues, les rythmiques lourdes, et on semble s’acheminer morceau après morceau vers un de ces étés sans fin auquel tout groupe devrait consacrer au moins un morceau.

A l’orée du très beau ‘Nineteen Ninety Heaven’, des bribes de textes se détachent : ‘Life’s a nightmare/And i don’t ever wanna wake‘. Plus haut, sur ‘Vertigo Flowers’, un noir scepticisme semble s’être emparé du groupe : ‘Watch out for those/who dare to say/That everything will be ok‘. Puis, sur ‘Curse Of The Sun’, ce sont les fluides qui cimentent notre triste condition humaine : ‘Made of blood and semen/Piss and shit are we‘. Bribe par bribe, alignés comme autant de petits remparts, ils nous empêchent de voir Nothing comme le sage tribute band d’une décennie emblématique, dans le rôle du bon élève qui connaîtrait par cœur les grands disques et les techniques essentielles. Pourtant, c’est à la lueur de son nihilisme que le groupe s’érige, fier de son ambiguïté et de son regard morose semblant maudire, jusque dans son titre, aussi bien le passé que l’avenir.

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‘Fever Queen’, ‘Vertigo Flowers’, ‘Nineteen Ninety Heaven’, ‘Curse Of The Sun’, ‘Tired Of Tomorrow’

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