Nicolay – « Here »

Here[Album]
28/09/2006
(BBE/2 Good)

Quoi de plus fort aujourd’hui que la musique pour réunir les gens? En terme de hip hop, le producteur joue un rôle plus ou moins ingrat car il reste constamment dans l’ombre des Mcs médiatisés, bien que ceux-ci obtiendraient certainement beaucoup moins de reconnaissance s’ils n’évoluaient pas dans un univers que seul l’homme à la machine est capable de construire et d’orienter. Nicolay, hollandais d’origine, l’a bien compris, tout comme le fait qu’on n’atteint pas le haut du panier sans une certaine expérience, et une excellente connaissance de la musique

Lui baigne dedans depuis qu’il est tout jeune. Élevé aux sons de Stevie Wonder, de Neil Young, et à celui de tous les disques qui pouvaient lui passer entre les mains, il optera plus tard pour une formation musicale provoquée par une attirance précoce pour la musique classique. Aujourd’hui, Nicolay, excellent multi instrumentiste, détient tout le savoir nécessaire pour produire un excellent album de hip hop, chose qu’il ne se gênera pas de faire pendant une dizaine d’années aux côtés de Little Brother, Strange Fruit Project, Supastition, Pete Philly & Perquisite, et bien sûr The Foreign Exchange, duo qu’il forme toujours avec Phonte Coleman (Little Brother) et qui l’aura définitivement lancé

Bien que sollicité par Jazzy Jeff, 9th Wonder, ?uestlove, ou The Beatminerz, le Hollandais met donc désormais tout son savoir faire à sa propre disposition. La preuve avec ce premier opus solo, « Here », qui risque bien de laisser quelques traces indélébiles dans les mémoires des hip hopeurs avertis, et sur lequel il fait lui-même résonner piano, clavier, guitare, basse et percussions, en complément de son travail de Dj / programmateur

L’intro « Here », entièrement jouée par lui tout comme plus tard « Let It Shine For Me », ne manque d’ailleurs pas de mettre tout le monde dans le bain. La suite n’en sera que plus bluffante de constance et de qualité. « I Love The Way You Love », tube hip hop soul au groove imparable, est impeccablement emmené par la voix chaude de Darien Brockington épaulé par les choeurs de Phonte Coleman; « I Am The Man feat Black Spade » et « What It Used To Be feat Wiz Khalifa » s’inscrivent dans le même registre avec un accent soul moins prononcé qui reviendra pourtant au galop sur l’excellent « Good Days Are Gone feat Black Spade » emmené par de lancinantes lignes de cordes; et « Give Her Everything », ou la voix de Graham Sears Tracey se marie subtilement à la saturation de la guitare, rappelle quelque peu un certain RJD2

La suite, plutôt que de s’essouffler, préfère avoir le bon goût de hausser le niveau encore un peu plus: après « The End Is Near feat Black Spade », certainement un des plus reluisants joyaux de ce disque, les influences soul de Nicolay prédominent et sont superbement soulignées par les frissonnantes voix de Yahzarah As Purple Saint James sur « Adore », et de Kay et Sy Smith sur le final « My Story »

Plus qu’une surprise, cette prestation solo de Nicolay est une véritable révélation, fait immédiatement tilt chez les mélomanes qui désespéraient de réentendre des productions chaleureuses et d’une telle qualité. Car « Here », aux apparences simples mais à la production des plus rares, ou chaque son est à sa place, fait remonter à la surface un hip hop d’une époque que l’on croyait révolue et qu’on éspère aujourd’hui éternelle. Avec un tel sens du groove et de la mélodie, ce Hollandais rétablit la balance et prouve toute l’importance et l’effet d’un bon producteur sur un album prenant logiquement des galons. Laissons nous porter, soyons fous, et mettons notre bras à couper plutôt que notre petit doigt, qu’on n’a pas fini d’entendre parler de ce petit génie. Incontournable, bien que trop court

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