Neurosis – « Honor Found in Decay »

neuro180Album
(Neurot)
29/10/2012
Post métal

À l’heure où vous lirez ces lignes, un adolescent replié sur lui-même sera terré au fond de la classe, les yeux tournés vers la fenêtre avec pour seul horizon les platanes de la cour du collège, dépecés par l’hiver approchant. Incompris par ses camarades, constellation de poupées de cire à l’effigie de Justin Bieber, le petit homme profitera des instants de répit de la récréation et s’isolera aux toilettes pour consumer une des cigarettes subtilisées à sa mère, au petit matin. Hélas naïf et guère discret, il sera rapidement repéré par un surveillant.

Courtois et prévenant, ce dernier privilégiera la discussion à la sanction et rapidement, l’adulte et le jeune homme échangeront dans la sérénité. Après des questions sur sa vie à la maison, ses relations avec les autres collégiens, le surveillant abordera la musique, certain d’avoir trouvé ici une oreille attentive, en marge des refrains de Sexion d’Assaut, quotidiennement hurlés dans les couloirs. Quelques minutes plus tard, il lui offrira même  un bref instant son baladeur. Interloqué, le jouvenceau interrogera son ainé, surpris par ces mantras à la noirceur intense, ravi de trouver là un écho à sa colère intestine jusque là ineffable. Le pion esquissera d’un sourire le nom de Neurosis avant de narrer sa découverte du groupe, quinze ans auparavant, au même âge. Depuis, ce son si reconnaissable ne l’a jamais quitté.

C’est alors que la fin de la récréation sonnera et les dernières intonations de » We All Rage In Gold » résonneront dans l’esprit de l’ élève. Après avoir promis de ne plus jamais fumer aux toilettes, il repartira dans sa classe, ragaillardi par cette escapade destinée à rester secrète. Une fois les cours achevés, il décampera libre comme une licorne jusqu’à son disquaire le plus proche et dépensera l’argent récoltée d’une vente d’herbe pour acquérir « Honor Found In Decay ». Après des centaines d’écoutes et des semaines d’argent de poche économisé, il s’offrira son premier ampli, sa première guitare. Après des années de solitude, le reste du bahut le regardera enfin. Anciennement reclus, il profitera de sa notoriété nouvelle pour découvrir les charmes de son âge. Il regardera chaque soir avant de s’endormir l’artwork sain de son Neurosis. Quand des vieux cons se vanteront de les avoir vu en concert à l’époque de « Through Silver In Blood » lorsque « Neurosis, c’était bien« , lui citera sans gêne « Honor Found In Decay » comme le meilleur album de sa courte vie.

Les années passant, il se replongera dans la discographie du groupe et tombera sur le cul à l’écoute de « The Doorway » de « Times of Grace ». Il grandira, à l’inverse de ses cheveux. Ses études stagneront et il bouffera grâce à son boulot de pion. Un jour, il chopera un trou du cul clopant une roulée dans les chiottes. Il lui parlera d’un album de Neurosis sorti en 2012. Selon lui, mésestimé à l’époque de sa sortie par ses ainés aigris, il racontera les yeux brillants le choc que fut  »Bleeding The Pigs ». Quinze ans plus tard, cet album aura autant la côte, comme deux-tiers des albums du groupe, contrairement à ce que quelques chroniqueurs décidés à tuer le mythe pouvaient écrire à l’époque. Le petit trou du cul, trop content de ne pas avoir été collé, repartira heureux, Neurosis dans la tête. La suite, vous la connaissez.

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