Nas – « Untitled »

Untitled[Album]
15/07/2008
(Def Jam/Universal)

Précédé d’une polémique comparable à celle engendrée par « Hip Hop Is Dead » en 2006, le dernier album du « God’s son » Nas, soit l’une des plus fines plumes du rap US, sortira finalement sans titre. Qu’à cela ne tienne, le « N » de « Nigger » subsiste très clairement sur la pochette et les textes, servis par le timbre inimitable de Nasir Jones, rappellent sans embage l’ambition initiale: dresser le portrait type d’un afro-américain d’aujourd’hui à la lumière de ce qu’endurèrent ses ancêtres. Un exercice casse-gueule, presque anachronique, dans lequel l’enfant prodige du Queens trouve l’occasion rêvée d’user de son talent de lyriciste, sans toutefois se départir du manichéisme inhérent au projet

Sur des productions fortement influencées par la soul, Nastradamus égrène les sujets avec une même ambition: décrire au plus près le carcan social dont il est lui-même issu pour mieux en sortir. De l’anecdotique « Fried Chicken » (« I’m a eat some shit/ Until what I’m eating kills me!/ And I choose to do that/ Why?/ ‘Cause that’s just what niggas do ») au plus attendu « Sly Fox » et sa guitare distordue signée Stic. Man (« Start thinking/ Outside of the box and/ Unplug from The Matrix doctrine/ But watch what you say Big Brother is watchin' »), chacune des seize pistes semble faire écho à la citation de James Baldwin rappelée en préambule: « You can only be destroyed by believing/ That you really are what the white world considers/ A nigger » (« You Can’t Stop Us Now »). Une vision à sens unique qui ne va pas sans critiques – anticipées sur « N.I.G.G.E.R. » (« Any time we mention our condition/ Our history or existence, they callin’ it reverse racism ») – et qui trouve son aboutissement logique avec « Black President » et cette dernière phrase (prémonitoire ?): « It is my distinct honor and privilege to introduce the next President of the United States: Barack Obama ». Plus consensuel dans la forme, l’album fait la part belle aux instrus sobres et efficaces concoctées par la brochette de producteurs invités (Salaam Remi, Dj Green Lantern, J. Myers…), mais surtout au flow impeccable qui fait la réputation du MC depuis une quinzaine d’années. Dur de rivaliser face à un modèle du genre, même quand on s’appelle The Game – incapable de faire oublier la soupe cuisinée par Cool & Dre (« Make The World Go Around ») – Chris Brown ou Busta Rhymes, qui signe pourtant la combinaison la plus pertinente du disque

Fruit d’une controverse un peu vaine due à la monomanie passagère de son auteur, le résultat, sans s’inscrire dans la lignée des classiques signés Nasty Nas, tient globalement ses promesses, épuise le concept de départ sans se perdre en route ni fatiguer l’auditeur. Désormais loin du clinquant affiché pendant une –courte– période de sa carrière, l’inoxydable pensionnaire du Queensbridge revient avec des choses à dire et le talent pour le faire. Dommage qu’une partie des producteurs ne se soit pas mise au diapason, se contentant pour certains d’un service minimum regrettable, indigne de figurer au tracklisting final d’un tel projet

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