Nas – « Hip Hop Is Dead »

Hip Hop Is Dead[Album]
18/12/2006
(Def Jam/Universal)

New-York est autant en émoi que sous les vrombissements de ses ghettoblasters. Car, de l’autre côté de l’Atlantique, l’actualité était plutôt lourde en cette fin d’année 2006. Coup sur coup, les anciens rivaux et aujourd’hui amis que sont Jay-Z et Nas sortaient leurs nouveaux albums respectifs. Le temps des disputes (rappelez vous l’explicite « Fuck Jay-Z »), pour le titre de « King Of NY » notamment, est révolu. A tel point qu’on les retrouve tous les deux en duo sur le premier single de cet album qu’on avait, du coup, hâte de découvrir. Car c’est justement parce que Nas n’a désormais plus rien à prouver que le risque d’un album décevant et déviant planait au-dessus de nos têtes. Son titre aussi vrai qu’il donne des frissons dans le dos y était notamment pour beaucoup. Alors quid de la cuvée 2007 Nasir Jones? Premier constat, premier réconfort, Nas n’a pas cédé aux sirènes de la facilité, un fait devenu récurent sur la scène hip hop actuelle

Dés le premier titre « Money Over Bullshit », produit par L.E.S et Wyldfyer, on reste dans le Nas que l’on connaît: un beat efficace, une mélodie sombre et dépouillée d’artifice, mais rien de transcendant pour autant. Un constat qui vaudra également pour « You Can’t Kill Me », plus electro, et « Carry On Tradition » sonnant comme d’anciens titres du Kid du Queens. Influence de toujours chez le new yorkais, James Brown se voit, comme sur le précédent album, samplé sur un « Where Are They Now » produit par Nas lui-même et qui fait office d’hommage posthume depuis la disparition du godfather of soul. Mais c’est après que Will.I.Am produise un « HipHop Is Dead » original et audacieux, et que « Who Killed It » s’inscrive dans la pure tradition d’un hip hop new yorkais dépouillé, qu’arrive enfin le morceau le plus inattendu de l’année: Jay-Z et Nas ensemble sur « Black Republican » dont le principal intérêt est la présence de ces deux monstres du rap plutôt que l’originalité de la version, honorable tout de même et sublimée par les flows démoniaques des anciens rivaux

On ne s’étendra pas sur le titre larmoyant « Not Going Back » featuring Kelis, pour passer directement à l’une des perles de cet opus. Le subtil, léger, mélodique et délicieux « Still Dreaming », produit par le désormais incontournable Kanye West (donnant également de la voix sur ce titre), et marqué par les choeurs aux allures de sample de Chrisette Michele, annonce un tournant dans ce disque et invite à une deuxième partie plus excitante que la première. En effet, « Hold Down The Block » et « Blunt Ashes » sont plus intéressants que la plupart des titres précédents. Kanye West en profite pour signer un deuxième petit bijou, « Let There Be Light », où, accompagné de Tre Williams, Nas semble toujours autant maîtriser son sujet. Ce avant de s’essayer à un style plus G-Funk sur un « Play On Playa » envoûtant ou il est accompagné de Snoop Dogg, maître en la matière

« Can’t Forget About You », avec encore une fois Chrisette Michele dans un style indéfinissable, mélange chanson rétro, variété américaine, le tout associé à un beat « crado », et prouve que Nas n’a plus peur d’innover et de sortir des chemins qu’il emprunte habituellement. Mais passons directement à l’autre grande surprise de cet opus: « Hustlers » feat The Game et Marsha Ambrosius, sur une production de Dr.Dre d’inspiration asiatique et née de vrais instruments. Et oui, vous avez bien lu, le roi de la côte Ouest signe un titre pour un rappeur de l’Est: pas si fréquent! « Hope » clôture l’ensemble, titre a capella comme ultime preuve du talent de Nas

Ce n’est certes pas un millésime que ce nouvel album, mais on pourra cependant le considérer comme un très bon cru. Le Mc de Queensbridge n’a rien perdu de son talent de lyriciste, son flow est toujours l’un des plus aiguisés du hip hop, et c’est toujours entouré des meilleurs producteurs qu’il nous livre un opus de qualité. Manque peut-être le morceau d’anthologie qui figure d’habitude au tracklisting et généralement produit par celui qui le fait briller, l’incomparable Dj Premier. On se prend parfois à rêver à un album en commun mais n’en demandons pas trop, contentons nous de ce « HipHop Is Dead » qui nous prouve, heureusement, qu’il ne l’est pas

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