Nas & Damian Marley – « Distant Relatives »

nas180Album
(Barclay)
17/05/2010
Ragga hip hop

On y est: « Distant Relatives », la tant attendue nouvelle collaboration de Nas et Damian Marley, sort enfin. Le retardement répété de cette sortie, couplé à un trailer et des extraits alléchants dévoilés au compte-goutte, n’a fait que renforcer l’ampleur de l’événement. Mais que donne au final cette galette? Incontestablement un résultat qui n’a pas fait parler de lui pour rien. On aurait de toutes façons eu du mal à digérer un flop tant la rencontre se fait ici entre deux superstars dans leurs genres respectifs. L’association rap/reggae a d’ailleurs toujours été relativement classique, mais elle semble avoir perdu de sa vivacité ces derniers temps après avoir connu ses heures de gloire sous l’impulsion de Bounty Killer ou de Wyclef Jean dans les 90’s. Avec « Distant Relatives », le duo, épaulé par Stephen Marley, K’Naan et Lil’Wayne, semble vouloir réaffirmer la parenté existant entre les deux genres en lui donnant même une coloration nouvelle.

Les deux acolytes entrent directement dans le vif du sujet avec un abrasif « As We Enter » dans lequel l’alternance rapide des flows fonctionne à la perfection, sur une version précise et ultra efficace au sample de Mulatu Astatke & The Heliocentrics. Bien sûr, lorsqu’on se situe dans ce genre de grosses productions destinées à plaire au plus grand nombre, certains titres déçoivent en exhibant trop le formatage qui les sous-tend, ou en flirtant de trop près avec des influences nu-roots fatigantes (« Strong Will Continue », « Leaders », « Count Your Blessings », « Africa Must Wake Up – feat. K’Naan »). Mais même dans ces titres plutôt ternes et fades, le grand Nas, qui semble avoir retrouvé son flow magique de « Illmatic » ou « It Was Written », apporte toujours cette touche qui passionne et électrifie. Preuve en est le titre « In His Own Words », auquel il apporte une cadence rendant subitement digeste et presque plaisant un refrain qui, pris tout seul, se révèlerait profondément mielleux.

Mais l’alchimie se produit plus qu’elle ne fait défaut dans ce « Distant Relatives ». Que ce soit dans le très convenu, mais aussi très émouvant « Friends », la bombe dub « Land Of Promise » sur le monumental riddim de Dennis Brown, ou le groovy « My Generation », Nas et Marley coalisent leurs talents pour offrir un résultat largement à la hauteur de ce qu’on pouvait espérer. C’est sans compter sur les deux perles qu’il contient: le poétique « Patience », fondé sur un sample envoûtant du « Sabali » d’Amadou et Mariam, et l’explosif « Nah Mean » au beat destructeur rappelant les années fastes d’un Boom Bap aujourd’hui délaissé.

On ne peut cependant nier que cette réussite dépend largement de la performance du rappeur new-yorkais. Sans Nas, « Distant Relatives » serait un album de dancehall assez honorable quoique quelconque. Avec le MC, l’opus gagne en cachet et en consistance, devient presque capable de faire l’unanimité. Si on s’avancerait peut-être trop à dire que nous avons entre les mains l’un des albums de cet été 2010, il n’empêche que certains des titres qu’il renferme sont sans conteste de cet acabit. Ne vous laissez donc pas piéger par l’aspect volontairement mainstream de cette collaboration qui, en dépit de son hétérogénéité prévisible, contient du bon, voire du très bon, confirmant ainsi qu’il est impossible de mettre tous les œufs dans un même panier, en niant en bloc les productions dites « commerciales ». A bon entendeur…

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