Mr Oizo – « Lambs Anger »

Lambs Anger[Album]
24/11/2008
(Edbanger/ Because/Warner)

Quand à la fin des années 90, il accouche du personnage Flat Eric et du tube international « Flat Beat », Mr Oizo ne sait pas encore dans quel pétrin il a mis les pieds. À cette date, commence sa seconde vie, une existence musicale presque involontaire, parallèle à sa carrière de cinéaste, qui lui fait vivre les deux extrêmes: celle d’un réalisateur pointu et d’un producteur electro clairement dépassé par son succès. Mais les démons n’avaient pas leur place sur son parcours, le Parisien s’étant très vite donné comme mission de faire de la musique comme il tourne ses films: libre, à contre courant, à contre-pied, pour (se) surprendre, pour faire chier peut être un peu aussi

« Analog Worms Attack », son premier album, servait ainsi une soupe plus relevée que celle en poudre que beaucoup venaient chercher. Succès relatif. En 2004, il remet le couvert avec un « Moustache » presque inaudible, aussi décontenançant qu’anticonformiste. Succès mitigé. Mais, sur de bons rails, Mr Oizo croisait plus tard la route du crew EdBanger alors en pleine ascension: une affiliation idéale, quelques collaborations avec Feadz pour le compte d’Uffie, le train rêvé qu’il lui fallait attraper pour repartir de bons pieds. Ou pas, car rappelons que pour Quentin Dupieux, l’essentiel est au cinéma. Alors quand sort « Lambs Anger », on s’attend à tout…ou rien, on se demande surtout si Pedro Winter y a vu une façon de se faire plaisir, ou s’il allait vraiment parvenir à faire rentrer dans le rang un des garçons les plus atypiques du circuit

À entendre « Hun » qui ouvre l’album, les premières réponses pointent quand on croirait entendre l’ambiance et les beats chers à Justice. Puis, le disque s’ouvre peu à peu, gagne en personnalité, retrouve l’empreinte bruitiste, dure et aliénante de l’oiseau, à mi-chemin entre le convenu et la déconvenue (« Pourriture 2 », « Z », « Bruce Willis Is Dead », « Lambs Anger », « W »). Plus loin, le voile expérimental se lève et découvre quelques-uns des titres les plus accessibles de son répertoire, touché ici de plein fouet par cette approche disco-funk récurrente chez EdBanger (« Cut Dick », « Jo », « Gay Dentists »). Et, comble du discours de son auteur, si « Lambs Anger » y perd parfois en personnalité, il en devient furieusement efficace, généreux, et dansant comme sur l’increvable « Two Takes It » aux relents RnB, le puissamment dancefloor « Erreur Jean », ou sur le joli condensé de talent qu’est « Positif »

En dix-sept titres, Oizo nous fait naviguer entre deux eaux, cède à des recettes faciles tout en prenant soin d’en noircir quelques lignes. Ainsi, il cultive la science du paradoxe, tout comme son refus de n’être qu’un pion de plus au sein d’une scène électronique qu’il juge lui-même creuse et débile. Ainsi, comme pour ne pas totalement transpirer la prétention du Septième Art, il s’y intègre parfois malicieusement, pour mieux se raccrocher ensuite à ses expérimentations. Une prise de risque plus importante encore que sur ses deux opus précédents qui attendaient patiemment que ce « Lambs Anger » s’inscrive lui aussi parmi ces albums subtilement malsains, qui illustrent mieux que d’autres la théorie du verre à moitié plein

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