Mr Oizo – ‘All Wet’

Album / EdBanger / 30.09.2016
Musique d’ordinateur

Quelques jours après l’annonce de la parution prochaine d’un album de musique composée par l’intelligence artificielle (http://www.flow-machines.com), Quentin Dupieux sortait ‘All Wet’, son nouvel opus sous le nom de Mr. Oizo. Si elles ont en commun l’ordinateur comme outil exclusif de production musicale, les deux démarches sont à l’opposée l’une de l’autre. Là ou les premiers s’escriment à éduquer la machine pour imiter la création artistique humaine, le deuxième continue à l’asservir pour réaliser ses fantasmes musicaux les plus tordus.

Au programme, beaucoup de collaborations (Peaches, Boys Noize, Siriusmo, Skrillex, Charlie XCX..) pour les morceaux les plus dansants, entrecoupés de plages plus expérimentales et fracturées, voire malsaines (‘The One You Buy’ que les Residents ne renieraient pas, ou ‘All Wet’ et ses nappes nauséeuses). Défiant toute logique, les titres font se confronter des sons incompatibles entre eux (‘Sea Horses’), des samples trop longs coupés au cutter pour les faire rentrer dans les cases métronomiques (‘Oiseaux’), des breaks en cascade (le bien nommé ‘Goulag Drums’), ou des voix synthétiques répétant ad nauseam avec un plaisir sadique ‘donne moi ton foie je te donnerai mon coeur‘ (‘Liver’).

A l’image de ses films ou le spectateur éprouve une certaine fascination à être maltraité dans sa logique et son bon sens, l’univers musical de Dupieux est ambivalent, agressif et inconfortable, mais provoque irrésistiblement un rictus de plaisir et une envie d’imiter Flat Eric marquant le beat avec la tête. Car ce qui ressort de cette musique de machine stressée de devoir faire n’importe quoi, c‘est avant tout l’humour punk de son auteur et sa totale liberté. Par exemple, ‘No Tony’ – chanté en italien clichesque et approximatif – tranche son easy listening kitsch par le break le moins groovy possible, et l’emploi récurrent de sons ‘pouet pouet’ et d’effets de pitch volontairement mal placés sont autant de blagues potaches créant une impression permanente de dérapage maîtrisé.

Quant aux thèmes récurrent chez Dupieux (la mort, le sexe, la violence…), ils sont toujours présents dans les textes de ses invités, auxquels il a réservé les morceaux les plus tubesques et accessibles du disque (‘Freezing Out’, ‘End of the World’ et ‘Hand in the Fire’). Avec ‘All Wet’, Mr Oizo revient donc chez sa maison mère EdBanger avec un nouvel album nerveux, intense et malsain, érigeant une nouvelle fois le non-sens en art pour notre plus grand plaisir.

avoir

‘Sea Horses’, ‘Freezing Out’, ‘Goulag Drums’

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