Mos Def – « The Ecstatic »

mos1801Album
(Downtown)
08/06/2009

Si, en 2004, « The New Danger » marquait le retour de Mos Def en y mettant la forme, il en était tout autrement trois ans plus tard avec « Tru3 Magic », disque aussi bâclé que raté, qui entamait sérieusement le capital confiance dont jouissait le Mc depuis son inégalable « Black On Both Sides » de l’époque Rawkus. Désormais partagé entre ses velléités cinématographiques qui tardent à faire leurs preuves, et ce qui ressemble de plus en plus à une fidélité forcée envers son art d’origine, le new yorkais n’est plus la valeur sûre qu’il fut il y a encore pas si longtemps. Dans ce contexte, l’excitation et le doute se mêlent étrangement à l’arrivée de chaque nouvel album. « The Ecstatic », tout dernier en date, ne fait pas exception puisqu’on attend de lui, comme on attendait de ses prédécesseurs, qu’il raye le proche passé pour définitivement réintégrer son auteur au sein de la sphère très fermée du hip hop de grande classe.

Et les choses sont clairement mal embarquées à l’écoute des premiers morceaux, pourtant signés par quelques-uns des meilleurs producteurs de la scène US. Car si des collaborations entre Mos Def et Oh No ou Madlib sont totalement jouissives sur le papier, on ne peut s’empêcher de se demander comment de tels artistes, de surcroît si productifs, peuvent à ce point jouer la facilité en recyclant des versions déjà cramées. C’est le cas par exemple sur le « Supermagic » d’ouverture puisé dans le « Dr No’s Oxperiment » de Oh No (pas plus convaincant cependant sur « Pistola »), ou sur « Auditorium (feat Slick Rick) » aux sons tirés du « Beat Konducta In India » de Madlib. Et manque de bol, si Mr Flash, emprunté au crew EdBanger, vient signer quelques productions originales et variées, la plupart ne resteront pas non plus parmi les plus mémorables (« The Embassy », « Worker’s Comp »). Ne parlons même pas de « History » produit par JDilla, certes surdoué et regretté mais décédé en 2006, dont le seul vent de nouveauté vient de la reformation du duo Blackstar qu’on espère toujours réentendre un jour en long format.

Ces quelques déceptions, pour ne pas dire « loupés » dans certains des cas, ne font pourtant pas de ce disque une prestation en dessous de tout, quelques titres venant même indéniablement relever le niveau. Grâce notamment à Preservation, responsable des véritables pépites déjà largement diffusées avant la sortie de « The Ecstatic »: « Quiet Dog Bite Hard » et sa rythmique particulière volée à l’afrobeat, l’énorme « Casa Bey » qui clôt le bal à grands coups de cuivres funky et de percussions brésiliennes. Mr Flash et Madlib viennent également rattraper le coup, égalent même l’efficacité du suscité avec les imparables bien que différents « Life In Marvelous Times » et « Pretty Danger », également deux des temps forts de cet album dont les dernières bouées de sauvetage résident toujours dans le flow et la qualité d’écriture de Mos Def. Fort heureusement, ne manquerait plus que le Mc voit s’évaporer ses qualités directes et s’abandonner à quelques effets de nouveauté secondaires (le chant en espagnol sur « No Hay Nada Mas » par exemple) pour réduire à néant les derniers espoirs placés en lui.

Bien que supérieur à « Tru3 Magic », « The Ecstatic » (« le ravi », ndlr) ne restera pas comme une pierre angulaire de la discographie de Mos Def, un Mc sans pression, en dilettante, avec les bons et mauvais côtés de la chose. Ceux d’un mec qui pèse assez pour pouvoir profiter des libertés qu’il s’octroie, quitte à laisser l’impression de ne pas aller toujours au bout des choses, de se suffire de peu, et de tomber systématiquement dans ce piège de l’album inégal qu’il ne parvient plus à éviter depuis trop longtemps. Et c’est une fois encore ce qui dérange ici une fois la poignée de « hits » passée, celle qui laisse encore espérer que Mos Def remonte toujours un peu plus la pente. À moins que, comme d’autres Mcs de légende et de sa génération (Common en tête), il se disperse définitivement, au point de ne plus déceler la médiocrité.

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9 réponses à Mos Def – « The Ecstatic »

  1. narry 21 juin 2009 à 22 h 58 min #

    ou comment être en total désaccord avec une chronique

  2. juronjux 22 juin 2009 à 14 h 08 min #

    True Magic est à réécouter, c’est un très bel album, soigné et complet.

  3. ludo 23 juin 2009 à 8 h 50 min #

    Pas mieux, désaccord complet envers une chronique qui n’a pas du bénéficier de beaucoup d’écoutes de cet album… Si manque d’investissement il y a chercher quelque part, c’est certainement bien plus de ce côté-là…. The Ecstatic est au contraire extremment cohérent musicalement, dans sa découverte d’horizons divers (moyen-orient, espagnole et latine, etc.), et Mos Def semble au contraire prendre de nouveau du plaisir à rapper…
    Quant aux beats de l’écurie Stones Throw déjà utilisé sur d’autres projets, c’est une critique totalement vaine puisque je ne vois pas en quoi avoir déjà écouté ce son en instrumental cache le fait de l’écouter sur l’album de Mos Def… Un peu de recul me semble dans ces cas nécessaire, puisque là ce n’est plus la qualité du morceau qui est jugé mais c’est la frustration d’un manque de surprise qui prend le dessus… Mais dans 5 ans, je pense que tout le monde s’en foutra en réécoutant ces morceaux de savoir qu’ils étaient sortis 6 mois avant sur tel ou tel autre projet…

  4. Tony Clifton 26 juin 2009 à 10 h 49 min #

    L’album est quand même très inégal, comme tout ce qu’il a sorti depuis black on both sides ou même black star d’ailleurs, on dirait plus sa compil We Are Hip Hop matinée de world qu’un véritable album. Enfin, ça reste du Mos donc c’est plus qu’écoutable.

  5. Ruben 3 août 2009 à 19 h 23 min #

    Ah!Nostalgie quand tu les tiens!….Mais enfin quand cessera t-on de reprocher à Bjôrk de ne pas refaire un autre Homogenic,à Portishead de ne pas sortir les suites de « Dummy »,à Massive Attack sa rupture avec la black music depuis « Blue Lines » pour évoluer vers un univers froid, auquel je suis pour ma part très sensible…..et à Mos Def puisque c’est quand même de lui dont il s’agit ici de ne pas sortir les volets 2,3,4,5,6 de « Black on Both Sides ».Cela dit j’avoue avoir quelque peu décrocher après « The New Danger » qui était un album mature,vraiment travaillé et maitrisé musicalement parlant.Et puis,il y a eu « Tru3 Magic ».Je n’ai toujours pas compris la blague puisque ca ne pouvait qu’en être une puisque cet album avait vraiment été baclé….J’ai commencé ce message en me distinguant des nostalgiques mais si je ne le suis pas,j’avoue que l’écoute de « The Ecstatic » n’est pas des plus agréable et ce n’est pas parce que cet album n’est pas « Black on Both Sides ».D’ailleurs,contrairement au dernier album de Mos il ne flirte pas avec la médiocrité.Simplement,on sent qu’il n’est pas tout à fait aux commandes,bon nombre des productions sont des récups et même sans savoir d’où elles viennent on sent le manque d’homogénéité et de cohérence.C’est un album impersonnel qui tranche avec « The New Danger » pour lequel il avait bossé avec son groupe.

    • Tony Clifton 4 août 2009 à 11 h 24 min #

      Plutot d’accord avec toi Ruben, ce n’était pas vraiment de la nostalgie pour ma part, mais depuis 2 albums je préfère encore ses différents collaborations (avec The Roots, Shadow sur le remix de Six Days voire le I Against I avec Massive Attack pour remonter vraiment loin…) que ce qu’il fait sous son nom seul, et ça n’a pourtant pas grand chose à voir avec BOBS. Enfin si on l’aime avant tout pour son flow il y a quand même du bon à prendre dans The Ecstatic, et il reste excellent en live.

  6. Ruben 5 août 2009 à 18 h 38 min #

    Mais justement c’est ce qu’il ya de rageant….qu’il y ai du bon à prendre dans « The Ecstatic » puisqu’on se dit que s’il lui avait consacré plus de temps….Mais avec des « si » on refait le monde…..J’ai pensé la même chose à l’écoute du dernier The Roots « Rising Down ».Maintenant qu’ils sortent des albums tous les 18 mois…Pourtant avec cet album,ils ont explorés de nouvelles sonorités et je pense qu’il aurait pu être une pièce majeure de leur discographie avec quelques mois de plus passés en studios.J’ai envie d’être sévère ….puisque jadore le hip hop et je me dit que si ceux qui lui ont donnés ses lettres de noblesses se font bouffés par le système ou par des ambitions mercantiles…Dans quelques années,quelqu’un pourra dire « Hip hop is dead » sans que je n’ai envie de lui mettre mon poing dans la figure parce que ce sera vrai…et ce serait vraiment dommage…Cette musique m’a fait découvrir le jazz,le blues,la soul,le rock…

  7. Didyeah! 15 août 2009 à 12 h 05 min #

    « Rising Down » est un excellent album et n’est en rien comparable à « The Ecstatic ». Là où Mos Def agit en roi fainéant, se contentant de sélectionner des beats grillés (ce n’est plus les originaux des samples qu’on s’amuse à chercher avec lui), les Roots sont partis depuis « Game Theory » sur une nouvelle direction musicale, symbolisée par le départ de Hub. Son plus synthéthique, tentatives cross-over assumées. Et je trouve que ça leur va plutôt très bien. Il n’y a vraiment rien de bâclé dans leur travail. C’est sûr, les nostalgiques de leurs débuts jazzy/soul se sentent trahis mais ces gars ont tout simplement mûris. Alors qu’entendre Mos Def sur des beats usés – le point culminant de ce royal foutage de gueule étant le « Roses » de G.A.M (à écouter en version originale sur son nouvel album « Umsindo ») – ça n’appelle pas plus de commentaire qu’un : wtf?! Vraiment dommage car ce MC est d’une aisance incroyable au mic. Mais c’est désormais une évidence : il n’a plus la tête à la musique.

  8. Ruben 16 août 2009 à 14 h 41 min #

    Je n’ai jamais reproché à The Roots son évolution vers ces sonorités électroniques surtout étant la grande classe avec laquelle ils le font.On est loin des tubes putaciers façon Kanye West…Au contraire,comme pour le dernier album d’Erykah Badu,cela crée une ambiance particulière,donne un ton à l’album.D’ailleurs, « Rising Down » a le même défaut que « New Amerykah Part One ».Ds les deux,il y a un titre qui détonne. »Birthday Girl » pour l’album de The Roots et « Honey » pour celui de la Badu….La seule critique que j’ai faite à propos The Roots concernait le temps qu’ils ont consacrés à cet album.C’est un bon album.Il aurait pu être un « masterpiece » s’ils lui avaient consacrés plus de temps.Je leur conseilleraient d’écouter ce que font les artistes des labels Ninja Tune,Warp et Anticon et peut être qu’ils seront à l’avenir moins vite satisfaits par ce qu’ils font.

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