Mick Boogie – « Dillagence »

Dillagence[Album]
01/11/2007
(Autoproduit/Digital)

Busta Rhymes et Jay Dee ont souvent jumelé leurs talents. Mais à ce jour, très peu de titres étaient sortis des studios d’enregistrement, aux grands regrets des fans de ces deux icônes relativement éloignées en apparence. Pourtant, cette mixtape produite par Mick Boogie et Busta himself, bourrée d’inédits et d’invités, les rapproche de façon assez magistrale, nous faisant découvrir ce qui aurait pu être une des pièces majeures de l’oeuvre du regretté J-Dilla, si elle n’avait pas été post-mortem. Car il ne s’agit pas d’une énième compilation de vieux titres rendant hommage au disparu, mais bien de véritables morceaux produits tout spécialement par Jay Dee pour l’ex membre des Leaders Of The New School, et malheureusement restés inconnus jusqu’alors.

Le jugement est souvent faussé quand on parle d’un artiste aussi respecté que Jay Dee. Pourtant, encore une fois, nul besoin de se forcer pour reconnaître le vide qu’il laisse, tant ses productions marquent encore leur époque. Jouant toujours sur de multiples tableaux, ce qu’il n’a jamais réfuté d’ailleurs, il jongle parfaitement entre expérimentations à tendance psyché (comme sur « Lightworks » sur lequel un chant indien vient inspirer Busta accompagné de Talib Kweli et Q-tip), ou carrément dépouillées, un simplisme dont le Dj de Détroit avait fait l’une de ses spécialités (« Step Up » que le MC le plus déjanté des années 90 honore de son style inimitable)

Mais c’est peut-être dans un registre plus purement hip hop que les deux compères trouvent la meilleure osmose. Un titre tel que « Takin What’s Mine », peut être un des meilleurs de cette fin d’année, risque d’user quelques diamants. Encore, « Baggage Handler » feat Raekwon apporte une preuve de l’intemporalité de certaines versions, le membre du Wu sublimant ce morceau tout comme Rah Digga le fait sur « Best That Ever Did It », pur moment d’émotion. Tout s’enchaîne tellement facilement, le « hosting » de Mick Boogie étant parfaitement réalisé, qu’il faut les extraits d’interviews de Busta, à la fin de certains titres, pour se rappeler que J-Dilla n’est plus de ce monde, et donc pas aux commandes.Mais il n’aurait certainement pas regretté de pouvoir partager avec ses admirateurs ces perles que sont « Not Right Now » aux accents blues sentant bon le soufre, l’envoûtant « High » avec cette chorale qu’on croirait tout droit sortie d’un disque d’Oumou Sangaré, ou encore « The Range » où le duo du Flipmode Squad est encore reconstitué. Papoose, Cassidy, MOP complètent la liste des invités qui partagèrent un bout de chemin avec celui qui aura marqué un grand nombre de producteurs revendiquant avec fierté son héritage, et qui trouveront encore ici une source d’inspiration

Écartons d’emblée l’idée d’un coup marketing pour parler d’une véritable oeuvre, fruit d’un travail parfaitement accompli, meilleure façon de rendre à César ce qui lui appartient. Car, après l’écoute de ce « Dillagence », il apparaît indéniable qu’il était nécessaire de proposer ces inédits au plus grand nombre. Et que, sans tomber dans la litanie « les meilleurs partent toujours les premiers… » et autres poncifs du genre, on aurait aimé profiter un peu plus longtemps de ce grand monsieur qu’était Jay Dee, tout comme de ses collaborations avec Busta Rhymes. Essentiel

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