MGMT – « Congratulations »

mgmt180Album
(Columbia)
12/04/2010
Pop masochiste

Il n’est jamais évident de prévoir comment va sonner le deuxième album d’un groupe devenu phénomène dès son premier acte. Et c’est incontestable: MGMT, certes aguicheur mais pas vraiment adepte des compositions faciles, en est un pour être parvenu à vendre plusieurs millions d’exemplaires de son « Oracular Spectacular« . Deux ans plus tard, on s’attendait donc au mieux à une suite logique encore plus aboutie, au pire à une pâle copie reflétant toute la difficulté de la confirmation, mais certainement pas à ce que le duo prenne à ce point les attentes à contre-pied, et déconcerte un public tout acquis à sa cause. Rappelez vous d’ailleurs les réactions perturbées de ses plus ardents défenseurs quand il a rendu disponible gratuitement le single « Flash Delirium » il y a quelques semaines. Ben Goldwasser s’en était même plus ou moins excusé…

Pourtant, cela n’aura pas plus incité les deux à courber l’échine, et servir bêtement à leurs fans ce qu’ils attendaient d’eux. Malgré son jeune âge, MGMT est au-dessus de ce genre de considération, et s’affirme déjà suffisamment pour ne pas avoir à repousser l’échéance: c’est bel et bien l’autre facette de sa personnalité qui se dévoile dès ce « Congratulations », rupture volontaire avec son accessible prédécesseur tant le duo n’est définitivement pas à l’aise dans ce costard de rock star qu’il porte malgré lui. Pour cela, ce nouvel album rase tout et laisse donc l’entière liberté à MGMT d’ériger une toute autre composition: entre une production très garage sixties (« Brian Eno ») et des morceaux à la fois complexes et hors format (l’instrumental « Lady Dada’s Nightmare », le long « Siberian Breaks »), autant vous dire tout de suite que vous ne trouverez certainement pas ici ce que vous êtes venus y chercher, encore moins des tubes de la trempe de ceux d’antan (« Kids », « Time To Pretend », « Electric Feel »).

Au mieux, devant cette ferme volonté de MGMT de revenir à un environnement plus humble, de tourner le dos à un Monde qui lui tend les bras, c’est quelque peu résigné qu’on se satisfera de seulement entrevoir ici l’éclat des mélodies. Celles avec lesquelles le groupe nous met en appétit pour mieux nous les enlever de la bouche, comme sur l’entame « It’s Working » à mi-chemin entre surf rock et post punk, sur le final folk éponyme, et entre temps sur « Flash Delirium », finalement un des meilleurs morceaux de ce disque tant il regorge de rebondissements rivalisant d’efficacité. Mais « Congratulations » restera aussi l’album qui aura consacré douze de ses minutes à l’interminable « Siberian Breaks »: un titre kaléidoscopique encensé par quelques-uns, et preuve irréfutable pour d’autres que MGMT avait, en 2010, définitivement l’intention de se tirer une balle dans le pied pour freiner sa course infernale qui l’emmenait rejoindre les grandes entités pop de notre temps. Que les deux new yorkais soient désormais rassurés: promis, on n’interprètera le titre « Congratulations » autrement que dans le second degré et l’ironie.

Disponible sur
itunes8

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