Meatbodies – ‘Alice’

Meatbodies – ‘Alice’

Album / In The Red / 10.02.2017
Rock machiavélique

C’est en l’an 2014 que les Meatbodies sont apparus aux confins de la galaxie Ty Segall. Le lien avec le petit génie du rock ? Chad Ubovich, bassiste en commun chez Fuzz, ainsi qu’une pochette signée de la même artiste, Tatiana Kartomten. Plus qu’un combo tournant à la périphérie, leur premier disque avait éclaboussé l’univers indé de sa classe, d’un vrai talent mélodique, sûrement aussi de sa capacité à créer des petits bijoux pop, le tout bien caché derrière des cheveux gras, et englouti sous une épaisse couche de décibels dégoulinant sur les souliers. Question de pudeur ? Phobie de la propreté ? Toujours est-il que ce premier album éponyme se révélait une succession de titres jouissifs, de ceux qui donnent des ailes, l’envie d’hurler et de rouler vite. On avait fini par se calmer, mais voilà qu’au loin, le concept ‘Alice’ se faisait déjà entendre, et avec lui les sempiternels questionnements politiques, militaires, sexuels et religieux.

Si entendre des oiseaux gazouiller au réveil est signe d’une belle journée à venir, ceux qui ouvrent ‘Alice’ n’augurent pourtant pas d’une écoute paisible. Ils sont suivis d’une intro electro-doom-orientale, fantaisie douteuse bien caractéristique du reste de l’album : rien ne sera facile. La pop est perturbée, des interférences non identifiées maltraitent ‘Kings’, ‘Alice’ pourrait être du Syd Barrett dans sa structure, mais sans les rondeurs psychédéliques. Et c’est bien ce qui choque : Meatbodies s’est asséché, durci, avec un son se rapprochant du heavy metal. ‘Disciples’ et ‘Touchless’ en sont des tempêtes, sombres et d’une efficacité dévastatrice, mais un titre au groove paresseux vient s’insérer entre les deux, brisant toute velléité de continuité. Car il y a une sorte de schizophrénie dans ce disque, souvent lourd et menaçant, à l’image du sabbathien ‘Count Your Fears’, d’un ‘Haunted History’ prédateur, ou du carrément machiavélique ‘Create Feature’. Capable de caresser et de râper, parfois au sein d’un même morceau, la voix de Ubovitch, mixée plus en avant, y est pour beaucoup.

Les Meatbodies auraient peut être échoué à vouloir reproduire leur premier album, peinant à atteindre la même fraîcheur ou la même spontanéité. Téméraires, ils ont donc pris la direction opposée, comptant sur un talent intact et omniprésent pour servir un album ou mille choses se passent. Alors que la question de sa véritable richesse se pose, ‘Alice’ a quand même de quoi largement épuiser le passant, et le perdre. Si, via cet album concept, la volonté des Californiens était avant tout de restituer l’instabilité et la réalité du monde contemporain, le pari est réussi.

aecouterenpriorite

‘Create Feature’, ‘Disciples’, ‘Haunted History’


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