Mashiro – « s/t 85 »

s/t[Album]
05/02/2007
(Tapsit/Anticraft)

Vous vous êtes peut-être déjà dit, l’air rêveur, que ça devait quand même être mortel d’avoir 20 ans à la fin des années 60 pour découvrir en direct les expérimentations extra-terrestres de Jimi Hendrix, John Coltrane ou The Velvet Underground? Ou alors en 1977 pour pouvoir pogotter à un concert dévastateur de The Clash ou des Buzzcocks? Ou bien encore au début des 80’s pour sentir les premiers frémissements d’un hip hop qui s’émancipait enfin de son Bronx natal

Mais qui sait, peut-être que nos enfants nous envieront à leur tour ces années 2000, où les styles forniquent sans vergogne pour engendrer des groupes de dub qui n’en font plus, des rappeurs qui empruntent au folk et des producteurs de musique électronique qui jouent d’un sampler comme d’une guitare

L’époque est ainsi à la confusion des sens, et ce n’est certainement pas Mashiro qui vous guidera sur le chemin du retour. Ce nouveau trio préfère en effet vous perdre en terrain inconnu pour mieux vous attaquer par surprise. Mixé au célèbre Studio Black Box (où ont aussi été enregistrés, par exemple, le « At Action Park » de Shellac et le dernier « Pocket Revolution » de Deus, sans parler des Thugs, Chokebore ou Sloy…), ce premier album éponyme envoie ses géniteurs sur la même planète que Picore, Ez3kiel, Programme ou Sleeppers. Comprendre par là que les murs de guitare se laissent parfois méduser par un accordéon gracile et que des poèmes scandés dans l’urgence peuvent perforer d’un coup les rythmiques électroniques douces-amères

Entre rêves et cauchemars, les 14 morceaux de cet album très personnel conforteront donc ceux qui refusent de poser la moindre étiquette sur la musique et devraient en conséquence devenir la bête noire des bacs à disquaire. Vous risquez en effet d’avoir à faire le tour du magasin avant de tomber sur le rayon où on a décidé de faire cohabiter ce disque. Mais qu’importe, le jeu en vaut la chandelle..

Même si, autant le savoir, vous n’écouterez peut-être pas ce disque très souvent. Car on n’écoute pas Mashiro en musique de fond, ni pour mettre l’ambiance à une soirée d’anniversaire. Quand on passe ce disque, on s’assoit et on attend que passe la tempête. Et ça fait parfois mal, c’est froid, humide… Mais c’est beau aussi. Alors on fait le gros dos, et on prend son pied en catimini. Mashiro n’est manifestement pas fait pour tout le monde mais est paradoxalement susceptible de plaire à des gens très divers. Fans de noise, de trip hop, de dub ou de hip hop electro ont ici de quoi sustenter leur appétit de nouveaux sons. Et s’il manque peut-être un ou deux morceaux plus accrocheurs pour traverser cet album d’une seule traite, Mashiro lance quand même un premier pavé dans la mare qui pourrait bien en éclabousser plus d’un. On en reparle dans 20 ans

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