Marilyn Manson – ‘The Pale Emperor’

Album / Hell Etc / 19.01.2015
Retour de flamme

Sans fard. Tel nous apparaît aujourd’hui Marilyn Manson. Endeuillé par la mort de sa mère l’année dernière (l’album lui est d’ailleurs dédié), passé devant la caméra de Kurt Sutter pour incarner un taulard suprémaciste blanc dans le final de la série Sons Of Anarchy, Brian Warner n’est jamais paru aussi fragile. Un mot qu’on aurait pourtant eu bien du mal à accoler à celui qui symbolisa un temps le Diable en personne pour l’Amérique bien-pensante, un démon obscène et maléfique tout droit venu de l’Enfer afin de détourner les jeunes vierges effarouchées du chemin immaculé que leur avait tracé leurs parents, ‘l’Antichrist Superstar’ qu’il se plaisait à incarner dans ses jeunes années et qui scandalisait à tour de bras sur scène et en privé.

Le voilà donc posant pour la cover en noir et blanc de ‘The Pale Emperor’, visage à moitié effacé, fantomatique et d’une classieuse présence. Une désincarnation qui évoque les autoportraits de Francis Bacon et qui, sous couvert de dissimulation, révèle au grand jour une âme torturée. Associé pour la première fois à Tyler Bates, qui s’occupe ici avec bonheur de la production, des basses et des guitares, Marilyn Manson délaisse quelque peu la sophistication pour évoluer en eaux troubles et marécageuses qui fleurent bon le blues et le rock à riffs, efficace, burné. ‘Slave Only Dreams To Be King’ préserve toutefois la flamme indus, faisant participer au passage Walton Goggins, Jr, interprète du désormais mythique Shane Vendrell dans la série The Shield, et présent dans la galaxie Sons Of Anarchy en transsexuel écorché vif.

‘The Pale Emperor’, c’est une musique sans chichis mais néanmoins précise, diabolique, à l’image des trois premiers titres de l’album. Lourd, pesant, oppressant, ‘Killing Strangers’ ouvre les hostilités paré d’un minimalisme qui cache bien son jeu. Plus les écoutes passent, plus le morceau s’impose comme une évidence, Marilyn Manson s’époumonant désespérément d’une voix éclatée, à nu. ‘We got guns/Motherfuckers better run‘: nous voilà prévenus, Warner a sorti l’artillerie lourde. Deuxième morceau, deuxième claque: ‘Deep Six’ est d’une puissance dévastatrice, alliant miraculeusement brutalité et refrain taillé pour les charts. Du Marilyn Manson pur jus à écouter à fond les enceintes. Troisième morceau, troisième claque: tout à la fois glauque et lumineux, ‘Third Day Of A Seven Day Binge’ est hanté de bout en bout par des guitares de road-movie au cœur des Rocheuses. Un sans-faute impressionnant tout au long duquel le chanteur nous captive, nous magnétise.

La suite est à l’avenant. Entre réflexions autobiographiques (‘The Mephistopheles Of Los Angeles’ et les lignes ‘I don’t know if I can open up/I’ve been opened too much‘) et blues gras mâtiné de gémissements flippants sur ‘Birds Of Hell Awaiting’, Marilyn Manson semble plus vrai, plus présent, plus incarné que jamais dans une vie qu’il a déjà bien brûlée par tous les bouts. D’une rare homogénéité, l’album allie à la perfection beauté froide et lyrisme noir, ‘Warship My Wreck’ et ‘Odds Of Even’ en étant sans doute les meilleurs exemples. Bâti sur une mélodie assez simple, ce dernier évolue sur plus de six minutes, se métamorphosant à plusieurs reprises au gré d’arrangements d’une justesse indéniable, dévoilant des facettes progressives et sombres, pop et gothiques. Un grand morceau rock qui clôt avec classe le retour aux affaires d’une vraie rock star.

‘Killing Strangers’, ‘Deep Six’, ‘Third Day Of a Seven Binge’, ‘Warship My Wreck’

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