Manu Chao – « La Radiolina »

La Radiolina[Album]
03/09/2007
(Because/Wagram)

Manu Chao est de retour: une bonne nouvelle pour certains, un fait auquel beaucoup d’autres resteront totalement indifférents. Et pour cause, depuis les jeunes années de la Mano Negra, cet ancien pilier d’une scène alternative française tellement vivante qu’elle en était dérangeante a fait du chemin et a fini par se faire accepter des platines disques des ménagères de plus de cinquante ans. Car vivant, Manu Chao l’est toujours, dérangeant, beaucoup moins. Pourtant, on ne l’a jamais connu la langue dans sa poche. Mais, au fil des ans, il aura clairement appris à arrondir les angles, à faire passer son message en adoptant une forme grand public. À tel point que, pour tous ceux qui l’écoutent aujourd’hui comme ils écoutaient Philippe Lavil taper sur des bambous, il ne reste que ce chanteur sympathique et hispanique aux notes de guitares légères et dansantes, multi générationnelles, capables de ramener sous sa bannière un public dont la majorité ne se sera malheureusement jamais pris la peine de la lire

Du coup, Manu Chao relève aujourd’hui beaucoup plus du « chanteur de famille » que du réel danger pour les politiques, une de ses cibles clairement affichée. Pourtant, cette ligne artistique n’est pas si mal pensée quand on sait le discrédit dont peut souffrir une musique à l’image de ses revendications (punk, hip hop…), également quand celle-ci se fait des plus festives. Lui n’a pris aucun de ces deux chemins, a foncé droit, sans détour, et a préféré faire parler ses propres influences tout en créant sa propre identité musicale. Mission réussie avec le recul, car on reconnaît Manu Chao à la première note. Et, au final, peu finissent par pouvoir autant tout dire sous couvert d’une immense popularité, bien que la forme artistique adoptée ici ne soit pas une réelle incitation à s’attarder sur les textes

Un autre débat est lancé, celui du renouvellement qu’on est en droit d’attendre de la part d’un musicien influent. Là, on ne pouvait pas défendre longtemps le résident Catalan, car il faut bien dire que ses quelques efforts solo ne se démarquaient pas vraiment les uns des autres. On extirpera pourtant volontiers le live aux côtés du Radio Bemba Sound System, à l’image de la grande efficacité de ses apparitions en public. Depuis, et peut être au détriment de la musique, Manu Chao a fait des siennes, a tout tenté pour accentuer toujours un peu plus sa liberté d’artiste, notamment par le biais de l’épisode « Sibérie m’Etait Contée » censé le faire vivre détaché de tout contrat avec une maison de disque, censé révolutionner l’industrie. Le leader de la Mano se lançait alors tête baissée contre le Système. Mais aux vues des ventes, certes importantes mais bien loin de ses précédents albums, tout porte à croire que la porte était solidement boulonnée

Du coup, revoilà notre homme avec un nouvel album sous le bras, sous couvert d’une nouvelle maison de disques, désormais plus enclin à se servir du Système qu’à l’évincer. Les rumeurs se sont alors mises à aller bon train: Manu Chao revient au rock, et joue de diversité pour « La Radiolina »! On s’attend alors à une quasi-résurrection, au retour d’un artiste à l’inspiration retrouvée, aux préoccupations finalement plus à l’image de sa personne. En quelque sorte seulement. Car si ce nouvel opus, bien que moins acoustique d’un point de vue global, plus travaillé, plus sophistiqué, et musicalement plus riche, fait état d’une réelle avancée, il ne va pas déboussoler le Peuple, et gardera cette empreinte désormais définitive, marquée au fer rouge

Bien que différent, Manu Chao reste donc Manu Chao, avec ses couleurs, ses mélodies, celles à qui il essaye en vain d’insuffler un peu de nouveauté: « 13 Dias » aux influences country, les cuivres mariachis de « Mundorévès » et du léger « Politik Kills », la gentille énergie de « El Hoyo » et « Tristeza Maleza », ou la ballade larme à l’oeil de « Amulacada Vida ». Du coup, « La Radiolina » nécessite quelques écoutes pour ne plus vraiment avoir à hésiter entre redite enrichie et rock alternatif lissé. Car, malgré quelques recyclages dont on se serait bien passé et qui laissent clairement penser à du remplissage en bonne et due forme (seules les paroles permettent de différencier « 13 Dias » et « Besoin De La Lune », « El Hoyo » et « Panik Panik », ou « Rainin In Paradize » et « El Kitapena », « Mama Cuchara »), ce nouvel album révèle plus rapidement sa richesse que son originalité. Effectivement, les nostalgiques de la Mano Negra en auront pour leur compte avec un réel retour aux guitares (le premier tube « Rainin In Paradize », « Y Ahora Qué? », l’unique anglophone « The Bleedin Clown », inédit ressuscité de la période Mano Negra), tout comme les adeptes de musiques traditionnelles espagnoles seront sans aucun doute comblés par quelques-uns des plus beaux titres composés par Manu Chao. Parmi ceux-là, la belle rumba de « Me Llaman Calle » et de « La Vida Tombola » (titre enregistré pour le dernier film d’Emir Kusturica en hommage à Diego Maradona), les poignantes ballades « A Cosa » et « Otro Mundo », ou le magnifique et triste mariachi de « Mala Fama »

Manu Chao ayant réussi le difficile exploit de s’être à jamais forgé sa propre identité musicale, il ne faudra donc plus s’attendre qu’à une variante dans l’assaisonnement de sa musique. C’est le constat fait une fois cette « Radiolina » achevée, marquant un léger sursaut mais finalement que peu surprenant. Il faudra s’y faire et s’en contenter, le Manu Chao de la Mano Negra est devenu une énorme star de variété. Avec toutes les contradictions et les facilités qui vont avec..

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