Lumerians – ‘Call Of The Void’

Lumerians – ‘Call Of The Void’

Album / Fuzz Club / 22.06.2018
Space odyssey


Lumerians est probablement aujourd’hui la formation incarnant avec la plus grande intégrité une certaine idée de la musique ‘psychédélique’. Le mot est en effet si galvaudé dès lors qu’un groupe mâtine un son garage d’un riff soudainement perché ou de vibrato appuyé, qu’il en est vidé de sa substance. Les californiens, eux, nichent quasi-archéologiquement dans l’idée telle qu’elle a émergée il y a plus de cinquante ans. Et leur nouvel album, Call Of The Void, est une étape cosmique et tri-dimensionnelle, dense et cohérente dans l’oeuvre commencée il y a dix ans.

Succéder à The High Frontier n’était pas chose facile tant le projet surprenait et enchantait par l’intégration de l’afro-beat au service de sa transe post-rock. Le groupe resserre cette fois l’atmosphère autour de fondamentaux indus et kraut : une ambiance plus froide, des percus métronomiques, des nappes de synthés vintage ponctuées de fioritures de Moog. La maîtrise est partout, presque mathématique, et c’est surement ce que certains reprocheront à ce disque dont la production pourrait se révéler trop cérébrale pour accéder à l’enchantement.

Lumerians imbrique tous les ‘codes’ historiques du psychédélisme : le voyage intersidéral, l’onirisme déroutant, l’ironie pour conjurer les peurs technologiques et, sur scène, un art polymorphe mouvant et saturé de couleurs. C’est pour ces raisons qu’on ne peut pas se contenter de comparer le groupe aux maîtres du kraut. Certes, on retrouve Neu ! ou Can dans le goût des échantillons bruitistes, mais celui de la narration renvoie aux plus ésotériques albums de Yes, Tales from Topographic Oceans en tête.

Le décollage se fait sur Fuck All Y’All, longue intro qui plante le décor de tout l’album : rythmique monotone, clavier atmosphérique, ponctuation par des boucles cristallines. Le son reste toujours clair, fin, distordu mais jamais outrancier, et fait planer un obsédant malaise sur tous les titres, perdant l’auditeur entre bien-être douillet et peur du vide. Suit le premier single de l’album, Single Trash, qui pourrait être signé par New Order tant la voix de Jason Miller rappelle celle de Bernard Sumner, et la puissance de la ligne de basse de Marc Melzer celle de Peter Hook. C’est entêtant, efficace. Le vaisseau est désormais en orbite, et la route se poursuit dans l’écho et les mélodies spatiales aux gimmicks suraigus de Space Curse et Signal. Fictionnal marque une pause dans l’odyssée, comme s’il fallait ravitailler sur une planète hostile.

Mais en guise de Terra Incognita, il n’est question ici que de la nôtre, une terre devenue grise, ruinée et poussiéreuse, post-apocalyptique. L’ambiance devient alors plus sombre et mélancolique. Les voix gagnent en profondeur et en gravité sur Masters Call, et la rythmique devient plus lourde sur Ghost Notes, un des rares titres où les guitares rivalisent vraiment avec les claviers. Dernier chapitre de cet ‘appel du vide’, Clock Spell – et ses arpèges résolument electronica – abandonne l’auditeur sur une planète inconnue. La route du retour s’annonce longue.

ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
Silver Trash, Signal, Clock Spell


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