Lightning Bolt – ‘Fantasy Empire’

Album / Thrill Jockey / 23.03.2015
Noise rock en apnée

Tout juste remis du dernier album de Pneu qu’il est temps de livrer ce qu’il nous reste d’ouïe à Lightning Bolt, ce duo qui – depuis bientôt vingt ans – aime lui aussi balancer son noise rock au centre d’un public dont il apprécie s’aérer des souffles interloqués. Précurseurs de ce genre de prestation destructrice et chaotique, ou l’insécurité règne et ou l’oxygène se fait rare, Brian Chippendale et Brian Gibson peinaient pourtant depuis quelques temps à procurer la même sensation sur leurs disques, à la production trop bâclée pour les rendre digestes. ‘Fantasy Empire’, leur septième, inverse clairement la tendance: sans faire un quelconque compromis, Lightning Bolt a cette fois poussé le bouchon plus loin, dans le son en enregistrant dans un studio digne de ce nom, comme dans ses compositions désormais renforcées – si besoin était – de boucles live.

Le reste n’est plus qu’une somme d’acquis améliorés: si Chippendale laisse parler sa frappe à l’allure démultipliée avec une précision diabolique tout en beuglant ses textes restés volontairement incompréhensibles, Gibson affiche un son de basse rendu plus intense, plus lourd et plus saturé que jamais, sûrement plus mélodique aussi (l’imparable entame ‘The Metal East’, ‘Over The River And Through The Woods’). Sur le papier, tout cela a déjà de quoi faire tourner quelques talons, pourtant Lightning Bolt – grâce à une inspiration retrouvée – parvient sans mal à faire passer le cap d’une simple performance bruitiste et physique à l’auditeur assistant soudainement au réveil de ses pulsions les plus masochistes.

Car, dans sa sauvagerie assumée puisque pleinement recherchée, ‘Fantasy Empire’ n’est que destruction et souffrance au service d’un plaisir rendu unique, largement diffusé par le souffle de déflagrations successives. Celles-ci soulignent d’ailleurs une diversité inattendue dans leurs influences musicales (blues sur le break de ‘Horsepower’, prog sur ‘Runaway Train’, punk sur ‘Snow White’) comme dans leurs petits riens: ‘Mythmaster’ qui invite à la danse malgré des changements de rythme incessants, ou ‘Dream Genie’ s’appuyant sur ses riffs pour contrecarrer son étouffante superposition des couches, sont deux exemples de l’incroyable faculté du duo de passer d’une idée à une autre en un claquement de doigt, sans jamais faire vaciller la cohérence du morceau.

Plus pensée qu’elle n’y parait, plus puissante, surprenante et dynamique que jamais, rendue plus efficace encore par cette nouvelle attention qui lui est portée, la musique de Lightning Bolt a clairement rangé ses idées pour renouer avec le plaisir d’être écoutée. Désormais, bien qu’inchangée sur le fond, elle fouette et pique la peau avec vigueur, s’éclaire de mille feux au milieu de l’indomptable tempête qu’elle est toujours mais dans laquelle on ne navigue plus à vue. Un gros mal pour un grand bien.

‘The Metal East’, ‘Over The River & Through The Wood’, ‘Mythmaster’, ‘Dream Genie’

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