Lee Everton – « Inner Exile »

Inner Exile[Album]
21/03/2008
(Rootdown/Differ Ant)

On a bien souvent reproché au reggae dit « à l’occidentale », produit loin de sa terre-mère jamaïcaine, de n’être qu’un pâle copié-collé des chefs-d’oeuvre roots, s’appuyant davantage sur un conformisme frileux que sur un désir de recherche et d’innovation. Si certaines initiatives se sont tout de même révélées très prometteuses (on pense à Groundation, Patrice ou encore Gentleman), rares sont les productions qui renferment un réel effort de créativité. Si bien qu’il semblerait que le reggae sorti de son contexte caribéen ne puisse vraiment s’émanciper qu’en acceptant de se mélanger pour de bon à d’autres styles musicaux, de l’électro à la pop en passant par la soul et le blues. C’est ce qu’ont osé faire ces derniers temps quelques artistes aventureux, à l’instar de l’allemand Martin Jondo ou des groupes néo-zélandais Fat Freddy’s Drop et The Black Seeds

Il faudrait désormais ajouter à cette courte liste le zurichois Lee Everton, dont le premier « Inner Exile » vient tout juste de sortir. Car loin d’essayer de reproduire en vain l’esprit inimitable du one drop des origines, le chanteur guitariste tente plutôt d’offrir à l’auditeur le fruit de ses influences artistiques multiples, dévoilant ainsi dans ce premier opus un univers qui lui est propre. Ne s’affichant sous aucune étiquette musicale, Lee Everton a préféré créer son style, le « Slingstyle Rhythm », subtil mariage de genres situé aux frontières du reggae, du blues et du folk. On ne s’étonnera donc pas de trouver chez cet artiste talentueux quelques ressemblances avec Ben Harper, notamment dans « Inner Exile » et « Come Closer To Me », ou avec Bob Dylan, comme dans « Bring It On Home To Me », le langoureux « King Vapor », et l’excellent « Won’t Keep Knocking », où l’harmonica se fond à merveille dans un riddim aux accents dub. Car Lee n’en oublie pas pour autant les bases du reggae (ayant déjà réalisé un voyage d’un an en Jamaïque durant lequel il fût influencé par de nombreux artistes), comme en témoignent également le léger « You Ain’t Good To Me No More », le bluesy « Genova », ou le titre d’ouverture « I Feel Like Dancing », véritable condensé de ce qui fait l’originalité du style Everton

Dommage cependant que ce « Inner Exile » se révèle assez lassant sur la longueur, les quinze titres qui le composent, bien que chargés de potentiel, restant trop monocordes et linéaires pour apporter une réelle diversité à l’ensemble. Mais à condition d’éviter l’écoute d’une seule traite et deux trois titres moins convaincants, on oublie assez vite ce côté un peu rébarbatif pour se laisser séduire par la fraîcheur de cet album intime et optimiste, qui ne tombe pas dans le « déjà entendu » à l’heure où les clichés ont tendance à se répandre de façon déconcertante

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