La Mauvaise Humeur – « La Mauvaise Humeur »

mauvaise180Album
(Soma Productions/Milled Pavement)
07/2012
Hip hop

Manquerait plus que le hip hop français se mette à pétiller de mille paillettes. Si ce n’est quelques malintentionnés ayant généreusement servi la soupe à la caricature, et d’autres partis se casser la voix bras dessus bras dessous avec les chanteurs français les plus bankables, les rappeurs hexagonaux font la gueule. Question d’éthique, d’amour propre, de remplir la mission naturelle d’incarner cette fameuse voix des sans voix devenue fond de commerce bien pensé par les plus vernis, défendue corps et âmes par quelques entités indépendantes dont on n’entend jamais parler tant qu’on n’y tend pas l’oreille. Avec son premier album éponyme, La Mauvaise Humeur en est une, et tente une percée. Une belle.

Partners in crime depuis leur adolescence, Monsieur Saï (Mc) et O.S (producteur) ne font donc qu’un, parvenant sans mal à s’accorder sur le ton à donner à cette énième aventure musicale commune. A grands coups de rouleaux et de peinture noire, de productions aux reflets souvent cinématographiques (« Le Transfert » et ses relents du « Chaos Theory » d’Amon Tobin), baignées de sonorités sombres, saturées et cuivrées empruntées au post rock (« La Mauvaise Humeur », « Le Funambule »), au trip hop et au jazz (« Cacahuète », « I Want To Believe », « La Baie d’Halong »), le duo recouvre le genre hip hop d’une obscurité à l’authenticité rassurante.

Tout à son aise, fidèle à ce qu’il a pu déjà afficher en solo, fort d’une humilité qui n’en fait jamais un donneur de leçon, et avec un pessimisme digne d’un condamné à mort capitulant, Monsieur Saï y déroule ses chroniques du quotidien (« Le Canapé »), ses petites fictions qui font froid dans le dos (« La Main de Joe »), et plus généralement des textes toujours éclairés, alignant des rimes qui n’en ont pas vraiment l’air tant elles se jouent régulièrement de la mesure.

Frontale et radicale, définitivement punk dans l’approche, à peine touchée par l’injuste quasi indifférence qu’elle recoit en retour de ce véritable diamant brut (« La Fin d’un Rêve », « J’Ecoute Ma Vie… » et « Mademouselle La Mouche » en sont les plus dignes défenseurs), La Mauvaise Humeur n’a pas fini de ruer dans les brancards. Dans l’ombre, il n’y a pas de paillette qui tienne.

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