Kwal – « Là Ou J’Habite »

Là Ou J'Habite[Album]
09/10/2007
(Créer C’est Résister/Naive)

Par méconnaissance du sujet ou par pure paresse, on rangera Kwal parmi la nouvelle vague slam qui envahit la France. Pourtant, ça ne serait pas rendre justice à un artiste qui suit son bonhomme de chemin depuis presque dix ans, dans l’indifférence absolue des medias

Ce n’est pourtant pas comme si le gars débarquait de nulle part ou n’avait rien fait de sa vie. Trois albums singuliers au compteur, des concerts dans les endroits les plus inattendus de la planète (comme cette participation au Festival Au Désert en 2003 avec Robert Plant, Ali Farka Touré, Tartit, etc.), des invités classieux sur ses disques (membres de Tinariwen, Lotek Hi-Fi, LT-No, Orange Blossom…), des apparitions sur ceux des autres (il a partagé le micro avec RQM (de Al-Haca) sur un morceau de I-Wolf des Sofa Surfers…), et pourtant la France continue d’ignorer superbement son travail sous prétexte qu’il ne rentre dans aucune case identifiée

Qu’à cela ne tienne, Kwal s’en est depuis longtemps allé voir si l’herbe était plus verte chez les voisins. Comme au Mali où ce petit toubab mène une jolie carrière parallèle après avoir sorti deux albums rappés en bambara, la langue locale qu’il a apprise pour être mieux compris de la population, ou produit les disques de Guerebou Kounkan, groupe de gosses des rues de Bamako qu’on entend ici sur « Segou Yo ». Ou comme en Palestine où il est déjà allé par deux fois pour proposer sa bonne volonté sous forme d’ateliers divers dans les territoires occupés. Kwal passe peut-être trop de temps là où il se sent utile plutôt que de faire le beau dans certaines soirées parisiennes pour séduire les grands manitous médiatiques

Quoi qu’il en soit, son troisième album revient jouer les perturbateurs dans les bacs bien rangés des disquaires. Et maintenant qu’il a visité les endroits les plus reculés du globe, il se sent prêt à parler de ce qui se passe sous sa fenêtre… « Là Où J’Habite » est en effet l’album le plus personnel de Kwal, le plus apaisé aussi. Ils sont loin les climats ultra-sombres de « Règlement De Contes »… Aujourd’hui, celui qui se considère sans doute davantage comme un griot que comme un MC a choisi des ambiances beaucoup plus posées, où les cordes traditionnelles de l’Afrique et de l’Orient tissent un folk bricolé et désarmant (« Là Où J’Habite », « Exilé », « Bonhomme », « Segou Yo »…). Mais n’allez surtout pas croire que sa plume ne s’énerve plus contre la bêtise humaine. Bien au contraire..

Kwal n’a même jamais aussi bien écrit que sur cet album. Son style s’est affiné, désormais à l’aise sur plusieurs plans, de la revendication politique réfléchie (« Là Où J’Habite », « Exilé », « France », « Hassan », « Tapage Nocturne ») à la tendresse pour les abîmés de la vie (le très beau « Chez Lucien ») ou la bouleversante déclaration d’amour pas très conventionnelle d' »Un Bout De Route ». Il se permet même quelques notes d’humour bien senties (« Reviens! », ou le cocasse « Les Pénibles » que vont adorer tous les gens qui essayent de vivre de leur musique). Tout n’est pas parfait bien sûr, quelques refrains par ci par là sont un peu trop mièvres et finissent même presque par irriter (« Bienvenue », « France »). Mais c’est bien peu face à la force de certains morceaux de ce disque

Après avoir appris à rapper dans plusieurs dialectes, après avoir essayé plusieurs voix (de la grosse voix ragga au flot à la Rockin’ Squat), Kwal a aujourd’hui décidé de laisser la nature reprendre ses droits. Son phrasé presque parlé, parfois même joué, déboussolera sans doute les talibans du hip hop, et ce disque séduira probablement davantage les amateurs d’une certaine chanson française, ou en tout cas les amoureux des beaux textes. Le plus important étant sans doute de ne pas oublier que les histoires de Kwal se passent sous nos fenêtres à tous..

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