Kurt Vile – ‘B’lieve I’m Goin Down…’

Album / Matador / 25.09.2015
Slack rock

Avec une demi douzaine d’albums à son actif, et son air de toujours être ici et ailleurs en même temps, Kurt Vile est un artiste doué et attachant. Échappé de la formation originale de The War on Drugs, le guitariste originaire de Philadelphie livrait cet été ‘Pretty Pimpin’, un single très prometteur sur lequel il traitait avec humour de la différence de perception entre ce qu’il croit être et ce qu’il voit de lui dans le miroir. Ouvrant ainsi son sixième album, le morceau résumait bien le chemin parcouru par Vile, souvent considéré à tort comme un slacker enfumé, chose qu’il réfutait sur ‘Goldstone’, extrait de son précédent opus (‘Sometimes when I get in my zone, you’d think I was stoned But I never as they say, touched the stuff‘).

Ce nouveau disque, plus ouvert et varié que les précédents, fut – selon son géniteur – écrit et enregistré la nuit, d’ou son ambiance apaisée. Outre les morceaux construits autour des arpèges de guitare hypnotisants et aériens auxquels il nous a habitués (‘Stand Inside’, ‘Kidding Around’), il en présente également d’autres, écrits au piano (‘Life Like This’, ‘Lost My Head There’) ou au banjo (‘I’m an Outlaw’), premier instrument qu’il eut entre les mains étant enfant. Vocalement, Kurt Vile semble également plus à l’aise ici, osant parfois des mélodies décomplexées (‘Dust Bunnies’), sans perdre son flow nonchalant rappelant souvent Dylan. Les textes ont également gagné en profondeur, et se montrent plus personnels, poétiques et teintés de dérision, là ou ils pouvaient être un peu caricaturaux autrefois.

Enregistrées entre Brooklyn, Los Angeles, Athens, et les mythiques studios Rancho de la Luna, ces douze chansons hétérogènes par nature forment pourtant un ensemble à la cohérence garantie par le couple guitare-voix. Admirateur de Neil Young, Kurt Vile a comme lui un jeu varié et tout en contrastes, déployant une palette complète entre folk et rock. Notons néanmoins l’absence de longs soli comme on pouvait en trouver dans ‘Walkin On a Pretty Daze‘ (2013), comme l’importance des batteries minimales et groovy de Stella Mozgawa (Warpaint) à qui l’on doit notamment un des plus beaux moments du disque: la deuxième partie instrumentale de ‘Lost My Head There’ dans laquelle il est impossible de ne pas se laisser embarquer corps et âme.

Il y a bien quelques rares faiblesses (‘Wheelhouse’), voire de l’auto-référence (‘Kiding Around’ reprenant le même arpège que ‘Peeping Tom’ sur ‘Smoke Ring For My Halo’), mais l’exposition importante que lui auront apporté son avant dernier album et des tournées marathons n’ont en rien alteré son talent et son envie. Bien au contraire. Kurt Vile signe ici un disque excitant et addictif, d’une qualité remarquable.

‘Pretty Pimpin’, ‘I’m An Outlaw’, ‘Lost My Head There’

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