Kieran Hebden/ Steve Reid – « NYC »

NYC[Album]
03/11/2008
(Domino/Pias)

Un bon label, deux fortes têtes de la musique, dont une qui désire enregistrer dans sa ville natale pour s’y imprégner des ambiances, voilà peut être assez d’atouts pour espérer trouver une exception à l’heure de la musique jetable. On parle bien sûr de ce « NYC », nouvelle référence du label Domino qui marque à jamais l’énième collaboration (la quatrième en trois ans) de deux musiciens prouvant que divergences d’affinités et différence d’âge, sont souvent le fruit d’une rencontre aussi originale que réussie.

À ma droite, Kieran Hebden, entendu chez Fridge et plus fréquemment sous le pseudonyme FourTet avec lequel il ne cachait déjà pas son attirance pour le mélange abstrait de musiques électroniques et de jazz. À ma gauche, Steve Reid, batteur de jazz de légende ayant évolué aux côtés des monstres Miles Davis, James Brown, ou Fela Kuti… L’un fait tourner le moteur, l’autre lui injecte l’essence. Ensemble, ils cèdent à leurs envies de s’éloigner de leur style de prédilection pour tenter de donner naissance à un registre qui interpelle autant qu’il peut se montrer complexe

Pourtant, « NYC », nouvelle session de six titres nés de deux jours de studio en février dernier, se montre plus accessible, parfois même dancefloor. Est ce le fait d’avoir préparé cet enregistrement plutôt que d’avoir cédé à l’habituelle improvisation? Celui d’avoir laissé l’environnement intégrer leur musique qui l’aurait finalement oxygénée? Un bien grand mot cependant, puisqu’à l’écoute de « Lyman Place » qui ouvre ce disque, on suffoque, pris à la gorge par l’intensité dégagée par le jeu et la richesse rythmique de Reid, bien épaulé par le producteur Anglais. Mais New York, c’est aussi cela, Downtown aux heures de pointe

Suite du périple, les deux nous emmènent un peu plus au nord avec « 1st & 1st » et les riffs funky d’un Hebden en rotation autour de son innarrêtable aîné. « 25th Street » opte, lui, pour un afrobeat urbanisée par quelques finitions électroniques, aussi discrètes qu’essentielles. Et Reid n’en finit plus de taper, que ce soit sur « Arrival » prenant une orientation post rock pour sonner comme un Mogwai soudainement pris de sursauts free jazz, ou sur « Between B&C », comme sur le final « Departure » et son bouquet rythmique final

En six titres s’étalant à chaque fois entre cinq et neuf minutes, Kieran Hebden et Steve Reid approfondissent encore leur collaboration, évoluent plus que jamais dans une harmonie qui les aide incontestablement à repousser toujours un peu plus leurs propres limites, et s’écartent légèrement de cette image un brin élitiste, souvent justifiée par le passé, qui leur colle depuis longtemps à la peau. Et Reid ne s’arrête plus, tout comme sa ville natale ne dort jamais. Une Big Apple sans pépin.

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