Kevin Morby – ‘Singing Saw’

Album / Dead Oceans / 15.04.2016
Pop vintage

Des visages sombres, fermés aux mines déconfites. L’aperçu d’une blouse blanche, d’une croix chrétienne sur une soutane, puis le bruit fondu d’un électrocardiogramme qui conduit à l’homme sur qui tous les regards sont tournés : chauve, prisonnier d’un masque d’inhalation et cloué à son lit d’hôpital. Mort imminente et scène d’enterrement. Avant l’acte soudain de renaissance, et l’exploration à travers pitreries et danses d’une liberté retrouvée, invisible aux yeux des figurants. C’est là le scénario de la vidéo du vif ‘I Have Been To The Montain’ qui, réalisée par Phillip Lopez et directement inspirée du scandale de la mort d’Eric Garner, annonçait la sortie du troisième album solo de Kevin Morby : ‘Singing Saw’.

Un nouveau volet de sa discographie qui s’avère être le plus maîtrisé à ce jour, une pièce de collection qui vient confirmer toute l’étendue de ses talents. Fort de sa participation au spectacle The Complete Last Walk qui reprend le concert d’adieu de 1976 des fabuleux The Band, l’inspiration des grandes orchestrations et la magie d’une instrumentation riche et développée aura raison de cette nouvelle livraison. Un cortège de sonorités enveloppantes et voluptueuses, cuivres et rythmiques accentués – percussions, saxophone, trompette et flûte – auxquels viennent se joindre des chœurs, creusent le sillon d’un songwriting en réalité augmentée, et lui confèrent une apparence un peu cérémonielle. ‘Dorothy’, le second single du disque, va précisément dans ce sens.

Le piano parfois bancal et la voix hantée, sa musique rappelle parfois la puissance sombre et torturée d’un Taylor Kirk, ancré dans une nature hostile, comme sur ‘Singing Saw’ et ‘Destroyer’, quand ‘Water’, le très beau morceau de clôture, évoque directement Leonard Cohen et Bob Dylan par sa progression crescendo et la voix au timbre perçant. La palette d’émotions s’élargit à mesure que les titres se succèdent, c’est là qu’on retrouve la patte du surdoué texan qui affronte toujours ses obsessions et autres petits démons, là que transpercent l’exigence d’une grandeur d’écriture et l’irréprochabilité des arrangements, travaillés avec un soin tout spécifique.

Kevin Morby a, sur ce ‘Singing Saw’, délaissé les inflexions folk qui détrempaient ses dernières compositions en claquant la porte de Woods et en sortant cette œuvre cultivée, moins ambitieuse que recherchée, tenue de bout en bout. Et réussie ! Avec cette impression qu’au final, il semble s’être passé ici quelque chose de conquérant. L’ex-Woods s’est emparé pleinement de ses aptitudes, a surmonté ses capacités pour prendre le pouvoir et planter son petit drapeau en plein territoire Morby.

‘I Have Been To The Mountain’, ‘Singing Saw’, ‘Water’

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