Kery James – « A L’Ombre Du Show Business »

A L'Ombre Du Show Business[Album]
01/03/2008
(Up Above/Warner)

Certains albums ont pour mérite de refléter parfaitement l’esprit d’une période, la façon dont est fabriqué un disque aujourd’hui – d’un point de vue conceptuel – compte tenu des nouveaux médias et autres sources d’influence. Celui de Kery James est de ceux-là. Car être artiste aujourd’hui, et tout spécialement dans le rap, c’est s’adresser à un public qui dépasse les seuls auditeurs des dernières radios indépendantes ou les lecteurs de magazines et sites spécialisés. Afin d’être viable commercialement, il doit désormais s’adresser au plus grand nombre, quitte à faire certaines concessions. Voilà pourquoi il faudra maintenant s’attendre à retrouver fréquemment sur des albums d’artistes fort respectables, des titres visiblement orientés « teenage » autant que d’autres plus « arty », impensable grand écart autrefois devenu commun de nos jours

La présence ici de Kayna Samet, Vitaa, Jimmy Sissoko ravira Skyrock. Alors que celles de Grand Corps Malade ou Zap Mama, et la contribution de Charles Aznavour, flatteront les « branchés » comme les lecteurs de Télérama. Frédéric Taddéï, en grand chantre du bon goût, ne s’y est pas trompé en l’invitant sur son plateau pour une performance acoustique de « Banlieusards », fort réussie d’ailleurs. Car Kery a toujours cette plume unique, cette écriture à fleur de peau, trop peu mise en valeur à notre goût. Les fans d’Ideal J ne seront pas lésés pour autant puisque « Foolek » avec Black Vner, « Egotrip » avec Dry (Mafia k’1 Fry), « X et Y » (narration originale et ingénieuse d’un fait divers), ou « Pleure En Silence », restent plus fidèles à ce qu’on attend du Mc d’Orly. « Encore » aurait dû être la grosse bombe de cet opus si Chauncey Black avait bien voulu rester chez lui, au lieu de ruiner ce titre avec un refrain complètement à côté de la plaque

Finalement, seul « À L’Ombre Du Show Business » retiendra l’attention. Encore une fois par sa qualité littéraire, l’inventivité déployée, et la présence (émouvante et encourageante) du grand Charles, qui en quelques mots susurrés, en dit plus que d’autres en une chanson. En clair, Kery James est un des meilleurs rappeurs français, mais il semble tombé lui aussi dans les pièges de l’industrie. Obligé à trop de compromis, il prive ce projet d’un supplément d’âme et rappelle par la même occasion que, s’il existe bien un style français, il s’adresse de plus en plus aux auditeurs de Difool ou aux habitués du Baron. Difficile de trouver sa place là-dedans

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