Kendrick Lamar – « Good Kid, m.A.A.d City »

kl180Album
(Aftermath)
22/10/2012
Hip hop

Kendrick Lamar a bien grandi en un peu plus d’un an. Depuis « Section 8.0« , son précédent album, c’est tout un monde qui a écarquillé ses yeux pour les tourner vers ce jeune rappeur ne se départant jamais de son sourire tranquille. Tout cela pendant que la presse et les parrains de la West Coast l’adoubaient de leurs louanges, voyant dans ce rookie une plausible résurrection après des années sans saveur durant lesquelles la Californie a perdu de son influence et de sa réputation sur la carte du hip-hop américain.

Pourtant, avec un nouvel album de cette trempe, c’est comme si toute la West Coast avait été nettoyé, blanchi et repassé à sec en l’espace de 12 chansons qui sont par ailleurs bien trop grandes pour se revendiquer d’une affiliation californienne un brin simpliste. Non, cet opus est le reflet d’une ambition, celle d’un jeune homme dans la force de l’âge, soucieux de retenir dans cette musique ce qu’elle a de meilleur, pour finalement se l’approprier autour d’une histoire personnelle, la sienne.

« Good Kid, m.A.A.d City », c’est d’abord un exercice de storytelling sidérant qui raconte l’histoire du jeune Kendrick dans le quartier de Compton, et qui projette titre après titre de nouveaux éclairages sur l’adolescence du rappeur: que ce soit au détour d’un message de sa mère (la fin de « Sherane A.K.A Master Splinter’s Daughter »), de soirées alcoolisées avec des amis (« Swimming Pools(Drank) »), tout en prenant généralement en compte l’influence de cet environnement violent sur lui-même et la façon dont il tente de s’en sortir.

Ce qui fait exploser les barrières de cet exercice de style depuis longtemps répandu dans le code génétique du hip-hop, c’est la manière qu’a ce disque de s’affranchir des codes formels, pour les mettre au service de son ambition. En cela, il rappelle « My Beautiful Dark Twisted Fantasy » de Kanye West ou « Channel Orange » de Frank Ocean. Que l’on aime ou pas ces albums, chacun d’eux a, à sa manière, pris ses distances avec les attentes et les formes sclérosées du genre auquel ils appartiennent. « Good Kid, m.A.A.d City » est de cette trempe.

Aussi, l’opus est riche de la densité de chemins et d’influences qui s’y croisent: conséquence directe d’un choix de producteurs éclaté entre tendances du moment (Hit-Boy) et vieux roublard (Just Blaze, Pharrel). Tous insufflent à l’univers de Kendrick Lamar une identité changeante, ou chaque angle de son récit est lié à une production chargée de refléter l’état d’esprit des paroles de ce jeune prodige, dans une osmose commune.

Ambitieux, riche, intelligent dans la narration… Les qualificatifs élogieux manquent presque pour décrire les multiples qualités de ce premier album sur une major. Récemment qualifié par The Game de « Nas de la West Coast », Kendrick Lamar refuse pour l’instant de se voir si grand. Pourtant avec un album de  ce pédigrée, actuellement porté aux nues un peu partout, qu’il se le dise: les choses ne seront plus comme avant. Bienvenu dans la cour des grands.

itunes7

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