Karlit & Kabok – « Muzik d’Ascenceur Pour Kages d’Eskalier »

Muzik d'Ascenceur Pour Kages d'Eskalier[Album]
14/04/2008
(Jarring Effects/Discograph)

Davantage cité pour son activisme au sein du milieu dub que pour la passion du rap qui l’anime (malgré la présence dans ses rangs de groupes comme Reverse Engineering, Fumuj ou La Phaze par le passé), le label Jarring Effects s’écarte d’une scène qu’il a largement contribué à façonner avec la sortie de ce « Muzik d’Ascenceur Pour Kages d’Eskalier », premier album des improbables Karlit et Kabok, membres d’un duo visiblement moins inspiré par les pionniers New-Yorkais que par les textes de Didier Super et l’énergie débrydée de Stupeflip. Effet de mode ou simple coïncidence, toujours est-il que la sortie de ce disque intervient après celles (très) remarquées d’artistes surfant eux aussi sur la vague du rap décalé, humoristique, à mille lieux du hardcore moribond qui mine la scène française depuis… trop longtemps déjà.

Un timing dommageable car si les textes et les productions rivalisent plutôt bien avec la concurrence, le concept, lui, commence à s’essoufler. A raison d’un thème par morceau, les deux trublions raillent tour à tour les flics « compréhensifs comme un feu rouge » (« La Moustafette »), les rapaces qui ont « le même rasoir jetable depuis six ans » (« Jai Pas d’Sous »), leurs copines « radio réveil et lave vaisselle » (« Cé Ma Fam »), les teufeurs « à la masse comme Jeanne » (« Week End »), le glandeur « comme un mec électronique qui n’aurait plus de piles »… Le tout sur des instrus volontairement régressives qui alternent electro 8-bits et gros riffs de guitares électriques. Pour autant, derrière l’attitude punk et les jeux de mots un peu faciles, une formule déjà brevetée par les Svinkels il y a dix ans, Karlit et Kabok parviennent à dresser, plus subtilement qu’il n’y paraît, le portrait en creux d’une société portée sur la discipline et la consommation et qui, de fait, exclut le chômeur un peu dilettant, l’étudiant fauché, le jeune réfugié dans la drogue et ainsi de suite. Sans faire de bruit, c’est tout ce petit monde désenchanté qui parcourt l’album

Attention donc à ne pas faire d’amalgame trop rapide car, sous l’apparente légéreté qui s’affiche jusque dans son titre, « Muzik d’Ascenceur Pour Kages d’Eskalier » ne se résume pas à une enfilade de jeux de mots plus ou moins valables. Il offre également, à celui qui prendra le temps de s’y arrêter, un aperçu assez juste des réalités juvéniles. Une vision plutôt sombre qui tranche avec la forme adoptée par le duo et qui s’exprime pleinement sur « Rien à Attendre », description réaliste d’un mec qui « rêvait d’être passionné »

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