Kanye West – « Graduation »

Graduation[Album]
10/09/2007
(Def Jam/Universal)

À l’instar de Timbaland, mais dans un genre légèrement différent, Kanye West fait partie des super-producteurs, de ces personnages qui ont depuis longtemps dépassé les limites de la simple sphère hip hop. D’album en album, et par le biais de nombreuses productions pour des Mcs de haut rang, l’Américain fait quasiment partie aujourd’hui de la catégorie des people, ces gens dont la renommée va bien au-delà de leur petit milieu. Aujourd’hui, il est devenu l’ambassadeur d’un hip hop commercial grand public, à la fois innovant et qualitatif, à tel point que l’étiquette pop n’est pas loin de lui coller définitivement au train

En 2007, on cite son nom à tout va, la patte Kanye West existe bel et bien, qu’on apprécie son oeuvre ou non, et le buzz ne cesse de monter. Il faut dire que médiatiquement, le Mc/producteur n’a pas pris de retard, est toujours présent dans les grands rendez vous musicaux et télévisés, bénéficie toujours de clips de haute facture (le prochain est illustré par SoMe et réalisé par les auteurs du « DANCE » de Justice), et n’hésite pas à dénoncer les dysfonctionnements de son pays (rappelez vous l’épisode de la Nouvelle-Orléans). Les raisons de cette affection? Un charisme sans borne, un réel talent, une propension à faire souvent les choses en grand, à toujours repousser ses limites, et à s’ouvrir à des rencontres et expérimentations allant outre les frontières du hip hop. Autant dire que dans ce contexte, son troisième album est on ne peut plus attendu

Et, autant l’annoncer tout de go, « Graduation » est à ce jour le disque le plus ouvert et le plus grand public de sa discographie. Certes, Kanye West garde toujours ses deux pieds dans le hip hop, celui qu’il délivre régulièrement à ses petits protégés (Lupe Fiasco, Common…) mais doté d’un penchant incontestable pour le formatage radio. Quelque chose que nous aurions sûrement dénoncé si on avait affaire ici à un artiste de moindre renommée. Car, comme dit précédemment, Kanye West est devenu une star, et on ne pouvait décemment pas attendre de lui qu’il ponde un disque expérimental ou avant-gardiste. Non, lui taille sa musique pour MTV, et une fois cela bien compris et digéré, difficile de remettre en cause ce talent qu’il a à brosser dans le sens du poil un public à la fois novice et mélomane

Et qu’il joue en douceur la carte de la mélancolie (« Good Morning »), une autre plus classique et prévisible (« Barry Bonds (feat Lil Wayne) », « The Glory »), qu’il mélange quelques bribes de dancehall à une couleur Stevie Wonder contemporaine (« Champion »), quelques-unes des nombreuses couleurs de ce « Graduation », Kanye West ne laisse pas indifférent. Bien sûr, le public hip hop le plus exigeant lui reprochera quelques volontés commerciales trop évidentes comme ce « Good Life (feat T-Pain) » au refrain effectivement trop sirupeux, cet inoffensif « Flash Lights (feat Dwele) » aux accointances electro; et même quelques loupés comme peuvent l’être « Big Brother » et « I Wonder », tous deux gâchés par des synthétiseurs indigestes, et « Drunk And Hot Girls » ennuyeux au possible avec un Mos Def peu mis en valeur

Mais on ne peut enlever à cet album quelques titres très réussis (le beau « Everything I Am » marqué par la collaboration de Dj Premier, « Can’t Tell Me Nothing »), ainsi que quelques prises de risque qui auraient pu s’avérer catastrophiques mais qui, au final, illustrent impeccablement l’orientation que Kanye West veut donner à sa musique. Ainsi, et même si le but affiché est clairement l’omniprésence médiatique, « Homecoming » supporte très bien le piano et le refrain popisant de Chris Martin (Coldplay), et « Stronger », incontestablement le tube de ce disque, parvient parfaitement à prouver que l’electro de Daft Punk (qui ressauce ici son tube « Harder, Better, Faster, Stronger ») peut se marier au hip hop de notre homme

Kanye West passe donc un cap qui ne sera pas sans laisser quelques-uns de ses fans continuer leur route sans lui. En effet, ce producteur semble vouloir toucher un public qui grandit au même rythme que sa renommée, et tourne ainsi sa musique vers des hauteurs que seules les grosses machines très lucratives peuvent atteindre. Clairement, « Graduation » n’est pas du niveau de « Late Registration », mais fait très bonne figure au sein de la grande famille du hip hop variété que Kanye West vient désormais rejoindre délibérément. Encore une raison supplémentaire de préférer ce « Graduation » au « Curtis » de 50 Cent dont la sortie est prévue le même jour

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