John Legend & The Roots – « Wake Up! »

wake180Album
(Columbia)
20/09/2010
Soul

En 2008, John Legend et The Roots étaient réunis pour un concert donné en pleine campagne électorale américaine, au cours duquel les deux partis se lançaient dans une série de reprises de standards soul des années 60 et 70, tous porteurs d’un message social assez fort pour coller à l’ambiance pré-Obama de l’époque. Fort de cette expérience, tout le monde décide alors de pousser la collaboration jusque sur disque, ne manquant pas de provoquer une certaine excitation chez un public toujours avide du mariage entre hip hop et soul.

Restait pourtant quelques interrogations. En effet, si la crédibilité de The Roots comme son aptitude à sublimer un projet n’a jamais fait aucun doute, pourquoi le groupe de Philadelphie mettrait ainsi la promotion de son excellent nouvel album entre parenthèses pour s’en aller accompagner un John Legend ne sachant toujours pas ou se situer entre nu-soul gentillette, pop, et prétentions commerciales RnB? Amir « ?uestlove » Thompson avait vu le coup venir et anticipait alors les doutes en annonçant le crooner plus brut de décoffrage qu’il ne l’a jamais été. Pour autant, et bien que nous reconnaissions au chanteur une voix plus affirmée à chacun de ses disques, « Wake Up! » n’inspirait pas plus confiance.

Jusqu’à ce qu’il libère quelques singles, tous d’une efficacité rassurante bien qu’ils restent généralement fidèles aux originaux, chose que les plus pointus des mélomanes ne manqueront d’ailleurs pas de regretter. Alors, difficile de faire la fine bouche et de ne pas s’attendre à un grand album quand une science du groove si affûtée offre une nouvelle vie aux « Hard Times » de Baby Huey & The Babysitters (agrémenté du flow de Black Thought), « Wake Up Everybody » de Harold Melvin (avec Common et Melanie Fiona), et « Our Generation » de Ernie Hines (featuring CL Smooth).

Seulement, si tous ces titres incontournables cachent aussi quelques autres pépites servant la qualité de ce « Wake Up! » (« Little Ghetto Boy » de Donny Hathaway, « I Wish I Knew How It Would Feel To Be Free » de Nina Simone), le disque propose également un autre visage qui pousse à relativiser. Au delà de quelques reprises assez fades, voire quasi anecdotiques, The Roots et John Legend s’écartent en effet plus radicalement du hip hop au fur et à mesure qu’on s’enfonce dans le tracklisting. Alors, ils laissent place à la soul la plus pure, plus adulte mais aussi plus soporifique à l’écoute (« Wholy Holy » de Marvin Gaye, « I Can’t Write Left Handed » de Bill Withers), allant même jusqu’à intégrer une reprise du « Humanity » de Lincoln Thompson, un classique du reggae certes appréciable, mais musicalement hors contexte.

Reste donc que « Wake Up! », bien que parfaitement interprété et produit, laisse plutôt un avis mitigé tant c’est avant tout John Legend et ses interprétations plus diversifiées que jamais, qui y est placé sur un piédestal. À la hauteur du meilleur backing band du monde qu’il est depuis qu’il officie pour Jimmy Fallon, The Roots fait magnifiquement le job, mais ne parvient pas à changer le reflet quelque peu facile de cette collaboration distrayante, pourtant capable de quelques coups d’éclat mémorables. Chacun y voit ainsi son statut confirmé, pendant que « Wake Up », telle la bonne parole de l’ainé, aura au moins le mérite de ressortir des archives quelques titres soul dont un certain public jeune n’aurait peut-être jamais soupçonné l’existence.

En écoute


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