John Grant – ‘Grey Tickles, Black Pressure’

Album / Bella Union / 09.10.2015
Indie

Depuis 2010, John Grant s’est illustré en solo avec ‘Queen of Denmark’ et ‘Pale Green Ghost’. De retour au Texas où il s’était installé avec Midlake pour l’enregistrement de son premier album, il a enregistré ‘Grey Tickles, Black Pressure’, un troisième opus qui navigue entre douces ballades, funk et electro. John Congleton (Swans, St Vincent…) s’est chargé d’apporter un son aiguisé à la douceur du chanteur.

Avec sa voix lisse et douloureuse, John Grant raconte ses déboires au fil d’un album dont la traduction littérale du titre serait ‘crise de la quarantaine, cauchemar’. Expliquant ainsi d’emblée où il veut en venir, il affirme qu’il est temps pour lui de lâcher prise sur le passé. Il mêle donc les styles, les imbrique, les alterne, en évoquant ses maîtres de jeunesse que sont Eurythmics, Devo ou Kraftwerk. Il met aussi en avant son goût prononcé pour le son des années 1980, et construit un orchestre synthétique onirique pour accompagner ses mélodies singulières.

Teinté d’humour noir, John Grant s’inspire de sa vie troublée par ses addictions, écrit des paroles dramatiques, les pose sur des synthés et des sons electro, funk, et pop. Il en joue pour être le moins prévisible possible : ‘je veux que les gens se posent des questions. J’aime écrire des paroles qui n’iront pas avec la musique qu’on entend‘ nous lâchait-il récemment en interview (lire ici). Caustique voire même impitoyable dans ses textes, surtout quand le sujet n’est autre que lui-même, il offre des commentaires sociologiques sans détour, avec une autodérision désarmante. Les lignes acerbes sont adoucies par la voix du baryton qui n’hésite pas à brusquement changer d’humeur pour passer de la tendresse à la compassion. Sa voix module les émotions quand le chanteur se plait à changer de timbre au milieu d’une chanson, et vogue sur une route de désolation alors que la colère peut le frapper subitement.

Entre une intro et une outro dans lesquelles il cite la Bible en anglais et en islandais, John Grant livre un document : ‘C’est une observation de mon expérience de l’amour au fil des années. C’est pourquoi je cite des versets de la Bible dans l’intro et l’outro. Il est dit ‘Love is passion, Love is kind, it doesn’t envy, it doesn’t burst…’. C’est un idéal et tout paraît très beau, mais ce n’est pas la réalité’. Entre ces deux versets : ‘La vérité !‘ dit-il. ‘Douze chansons sur l’amour humain tel que je l’ai expérimenté‘. Un corpus sur la réalité de l’amour corrompu par la douleur, la jalousie, les malentendus et les attentes. Sur les chansons ‘Magma Arrives’, ‘Black Blizzard’ ou ‘Global Warnings’ qu’il associe à des opulences orchestrales de drames électroniques, le songwriter va même jusqu’à imaginer des fins dramatiques, voire apocalyptiques, d’un écosystème endommagé.

John Grant semble avoir trouvé son équilibre : si l’album abrite ses obsessions de quadra mélancolique, il est aussi terriblement cérébral et réfléchi. Entre étrangeté inquiétante et simplicité perturbante, il livre un disque plein de paradoxes, ambivalent, mais surtout rempli d’humour et de douceur. A son image.

‘Grey Tickles, Black Pressure’, ‘You & Him’, ‘Down Here’

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