Joe Lally – « There To Here »

There To Here[Album]
15/10/2006
(Dischord/Differ Ant)

Après seize ans passés derrière la basse de Fugazi, jusqu’à ce que le combo mythique de Washington DC n’entre dans une trêve à n’en plus finir, Joe Lally ne pouvait pas ne rien faire. Une fois « The Argument » dans les bacs, et le dernier concert achevé, il se joint au line up de Decahedron, un temps appelé The Black Sea, avant de jeter l’éponge, préférant écrire et composer pour son propre compte ou pour de nombreuses collaborations avec des musiciens ou amis. Ou les deux. Alors que Brendan Canty officie de plus en plus régulièrement en tant que producteur et poursuit sa série « Burn To Shine », que Ian McKaye s’apprête à sortir son deuxième opus avec The Evens, Joe Lally sort donc son premier album solo. Le disque d’un bassiste, chose assez rare pour ne pas être soulignée, voilà de quoi promettre l’imprévisible.

Évidemment, Lally ne pouvait apparaître seul sur cet album qu’il aurait alors condamné à l’ennui le plus total. Il ne pouvait pas non plus se fondre au milieu de guitares et de batteries au risque de ne plus pouvoir justifier l’appellation solo qui colle à ce « There To Here », et de succomber au travail de groupe. Une énigme, une difficulté dont il se sort plutôt bien, parvenant à trouver le juste milieu à tout cela. C’est donc son jeu de basse, rond et joué aux doigts, qui sert de fil conducteur à ces treize titres laissant également apparaître un talent d’écriture certain, tardivement entendu au sein de Fugazi. Mais l’homme n’est pas seul et a fait appel à une reluisante palanquée de musiciens, cependant assez discrets pour ne pas lui voler la « vedette »: Amy Farina (The Evens), Jason Kourkounis (Hot Snakes, Delta 72…), Jerry Busher (French Toast) et Danny Frankel (KD Lang) se partagent les fûts; tandis que Scott Weinrich (Spirit Caravan, Hidden Hand), Guy Picciotto (Fugazi), Eddie Janney (Rites Of Spring, One Last Wish), et Ian McKaye (The Evens, Fugazi, Minor Threat) endossent tour à tour la guitare

Avouez qu’il y avait de quoi pondre un album qui, faute d’être des plus énergiques, puisse s’avérer des plus intéressants. Car il est évident que le registre de Joe Lally ne tombe absolument jamais dans la performance et la démonstration, nous gratifie au mieux de quelques breaks bien sentis (« Like a Baby », « Pick a War »). Grâce à un jeu somme toute minimaliste (le superbe « X-Ray The Lullaby », « Message From Earth » et son unique note répétée), parfois même dub (« The Resigned »), c’est plutôt l’ambiance que ce maître de la quatre cordes semble avoir voulu mettre en avant: celle très calme pour ne pas dire soporifique (« Reason To Believe », « Billiards »), permettant également de souligner chacun de ses mots (l’acapella « Sons And Daughters ») et qui « sursaute » à l’occasion des meilleurs titres (« All Must Pay » et « There To Here » rappelant le « Instrument Soundtrack » de qui vous savez, « Lidia’s Song »). « There To Here », dont le seul défaut est celui de réveiller l’éternelle et débordante nostalgie des inconditionnels du quatuor de Washington DC, se révèle donc être un exercice très osé dont le légendaire et statique bassiste se tire à merveille. Classe, quand tu les tiens…

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