Jimmy Eat World – « Invented »

jim1802Album
(Interscope)
27/09/2010
Emo pop vermeil

Tout au long de « Invented », le message que Jimmy Eat World adresse à ses plus vieux fans est on ne peut plus clair: attendre de lui qu’il revienne au niveau qui était le sien du temps de « Clarity » ou de « Bleed American » relève plus que jamais de l’utopie. En effet, chaque disque paru jusque là, même si l’accalmie générale s’imposait progressivement, contenait toujours assez de tubes aussi énergiques que mélodiques pour rappeler qu’il fut l’un des précurseurs de cet émo pop désormais plagié et pillé par le moindre boutonneux débarqué sur le tard. De ce point de vue, on comprend que le quatuor ait voulu prendre ses distances, en profiter pour composer une musique de son âge, chacun des musiciens voyant la quarantaine arriver à grands pas. Sauf que, entre « Chase This Light » paru il y a trois ans et ce « Invented », Jimmy Eat World a clairement levé le pied. Trop même puisqu’avec l’énergie qu’il dégageait jadis, il a laissé échapper toute son efficacité. Du coup, cette nouvelle salve est incontestablement sa plus fade, s’abandonne dans une succession de titres midtempo sans saveur, seulement portés par cette aisance mélodique qu’on connait par coeur chez Jim Adkins. De ce fait, « Invented » est mignon – dans le sens le plus péjoratif du terme – et définitivement plombé par une production lisse, des arrangements clinquants (les cordes sur l’entame « Heart Is Hard To Find », le clavier infâme de « Higher Devotion », la boite à rythme de « Mixtape ») auxquels on croyait échapper quand Mark Trombino, producteur des premiers disques, fut rappelé par le groupe. A plusieurs reprises, Jimmy Eat World tente alors de faire illusion, que ce soit sur son sautillant single « My Best Theory », sur le vernis « Coffee And Cigarettes » ou sur le plus respectable « Action Needs An Audience ». En vain, car il reste à mille lieux des « The Middle », « Bleed American », « Pain » ou « Call It In The Air » qui l’auront toujours fait survoler la nébuleuse émo. Plutôt que de recycler au mieux ses meilleurs atouts, « Invented » trahit pour de bon un groupe vieillissant, mou du genou, comme abandonné par l’inspiration et l’envie (« Evidence », « Cut »), qui n’a plus d’autre choix que d’aligner une majorité de ballades rock, car à peine assez valables pour mériter l’appellation pop (« Movielike », « Stop », « Littlething »). Une belle leçon d’exemple pour qui veut, en seulement trois ans, passer de groupe inoffensif à souffre-douleur potentiel. Navrant.

Disponible sur
itunes28

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