Jay-Z – « Magna Carta… Holy Grail »

Album
(Roc a Fella)
08/07/2013
Hip hop

Encore tout soufflé par « Yeezus » et son étonnante abrasion, et voila que le douzième album solo de Jay-Z rapplique, mu par une proximité de sortie avec le Kanye West qui tient presque de la réaction épidermique. Difficile en effet de ne pas mettre les deux opus en perspective, tant les lourdes Nike Air de ces deux compères sont depuis quelques temps habituées à marcher ensemble, en voguant de productions en productions jusqu’à un album commun dont le « Niggas In Paris » est toujours le plus éminent ambassadeur.

Bien que longtemps entrelacés, les chemins se séparent ici brutalement: là ou Kanye West  dessine avec « Yeezus » les contours d’un violent virage destiné à – selon ses dires – secouer l’esprit culturel de l’époque, Jay-Z lui s’abandonne sur des routes paisibles et mollassonnes qui le poussent à réviser ses gammes jusqu’à l’épuisement de celles ci. Là où le rappeur de Chicago fait le pari de jeunes producteurs de tous bords convoqués de toutes parts pour donner vie à la colonne vertébrale de ses productions, Jay choisit plutôt de conjuguer Timbaland à presque tous les temps, appelle Beyoncé, Ross, et Timberlake, convaincu que leur simple envergure sera à la mesure de l’événement.

Si vous êtes restés jusqu’au bout de ces deux paragraphes, vous savez désormais qu’il n’en est rien. Oscillant entre des références à Picasso, Basquiat et Tom Ford, Jay-Z se rêve œuvre d’art, picore dans sa vie sentimentale (« Part II (On The Run) » avec Beyoncé), alternant entre le MoMa et le quartier. Ces différents sujets ne seraient pas un problème s’ils étaient un tant soi peu mieux supportés par une production particulièrement dénuée d’audace. En effet, la banalité règne en maître, incarnée notamment par « Heaven », « Oceans » et « F.U.T.W »: autant de morceaux bâclés, clos sur eux-mêmes, comme présents par défaut, à mille lieux d’une production actuelle dont les vibrations et les courants ne semblent guère soucier Jay-Z.

« Magna Carta Holy Grail » sonne donc comme un album confectionné en vase clos, par un artiste pensant n’avoir plus rien à apprendre du monde qui l’entoure. Fruit d’un aveuglement égocentrique qui l’éloigne de tout, même de ce qui pourrait l’aider, le disque trahit l’état d’esprit d’un homme trop bien pour tout le monde, se suffisant à lui-même mais qui, de l’extérieur, renvoie à tous un isolement et une solitude un brin préoccupante pour son avenir.

En écoute

En écoute intégrale

À lire ou écouter également:

,

Une réponse à Jay-Z – « Magna Carta… Holy Grail »

  1. Jm 15 juillet 2013 à 12 h 18 min #

    Rosebud…..

Laisser un commentaire