Jay Z / Dangermouse – « The Grey Album »

The Grey Album[Album]
01/01/2004
(EMI/Import)

« The Black Album » est un chef-d’oeuvre, parce qu’il « pue » la musique noire, parce que la sueur de l’acte est telle qu’il n’a de reflet que dans « Sweet Sweetback’s BadAssss Song » de Melvin Van Peebles. « The White Album » est un chef-d’oeuvre, parce que l’incertitude de son époque demeure

« The Grey Album » est un disque culte. L’histoire d’une expérimentation douloureuse, dans l’instant prohibé, une fécondation in vitro entre les a capella de Jay-Z et la musique des Beatles. Dans ce disque tout est proprement incroyable, la fluidité de l’oeuvre éblouie, « Rockey Racoon » travaille « Justify my Thug » avec éclat, « While my guitar gently sleeps » sur « What More can I say » est d’une finesse admirable. Le moment de grâce de l’album se trouve sur le monumental « Interlude » où Danger Mouse pose des voix inversées de Jay-Z sur les samples de Revolution 9; titre qui était déjà lui-même réalisé à base de collages de samples d’instruments passés à l’envers

Mais Danger Mouse, conscient du refus que provoquerait une demande d’exploitation des droits des Beatles, décide de réaliser son disque dans l’illégalité. Son disque est interdit. Cette interdiction laisse derrière elle un questionnement important sur la création artistique, surtout quand l’utilisation totale de samples, (comme sur ce disque) apparaît comme l’exigence nécessaire à la volonté de création

Un disque intense, stupéfiant, en mutation permanente. En ne réunissant que ces deux disques qui n’ont en commun que le symbolisme de leurs titres, Danger Mouse réalise un disque envers et contre tous, au-delà de tout traditionalisme et de toute commercialisation. Un disque ouvert, engagé, militant pour une musique libre, en perpétuelle renaissance.

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Une réponse à Jay Z / Dangermouse – « The Grey Album »

  1. brotch 13 mars 2010 à 18 h 02 min #

    Ce disque est une œuvre, au sens plein du mot. Le fruit d’une volonté créatrice pure, désintéressée, généreuse et colérique. Rares sont les albums qui bénéficient d’un tel travail, d’une telle minutie.

    Si l’époque contemporaine était encore capable de bon goût, The Grey Album en serait l’une des meilleures expression.

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