Jay-Z – ‘4:44’

Jay-Z – ‘4:44’

Album / Roc Nation / 30.06.2017
Hip hop


Après ‘Magna Carta Holy Grail‘, on avait laissé Jay-Z tout en haut de son empire, coincé entre deux peintures de maître et un Timbaland rincé. La faute à un album confectionné en vase clos, ou la posture du rappeur new-yorkais oscillait entre pédanterie et déconnexion, laissant présager des lendemains aussi compliqués qu’embarrassants…

Quatre ans plus tard, force est de reconnaître que l’approche est toute autre pour ce treizième album pensé presque comme une antithèse de son prédécesseur. Pochette et titre minimalistes, travail en duo avec l’apport exclusif du producteur No.I.D, thèmes recentrés sur la famille, les doutes et les conflits aussi bien personnels que professionnels… Il y a dans ce Jay-Z une dimension intimiste, délestée des oripeaux de jadis, et recentrée sur l’essentiel et le vulnérable. Comme un besoin de se mettre à hauteur d’humain pour mieux aborder les problèmes qui ont habité sa vie au cours des dernières années : amitiés déçues, problèmes sentimentaux avec sa femme Beyoncé, rôle de père à prendre au sérieux…

Autant d’approches que l’on retrouve dans une succession de samples et de productions aux orientations presque trop évidentes. Pour se raconter, Jay-Z a besoin de renouer avec une forme de classicisme. Auprès de grandes figures qui encadrent son récit intime, il se montre hésitant, suspendant par moment le débit de sa voix, dans une tentative de dépouillement délesté de la technique. A l’oeuvre dans les rouages de ces dix morceaux aux emprunts appliqués et subtilement travaillés, No I.D. fait un travail discret, mais essentiel autour de Nina Simone (la voix de la diva découpée avec délicatesse sur ‘The Story Of O.J’), des Fugees (‘Moonlight’) et de Sister Nancy (‘Bam’) qu’il appose comme des pansements.

Face à cette mélancolie qui revient en boucles hantées, Jay-Z évoque sans détour les rancoeurs (Kanye West est implicitement nommé sur ‘Kill Jay-Z’), la famille qui afflue dans un entrelac de souvenirs retraçant toute une relation (la narration par bribe de l’ode ‘4:44’), la société afro américaine, le hip hop…

Par ce touchant tour de force, Jay-Z renoue avec la grande famille des rappeurs qui ont quelque chose à dire. Prenant le pari de ne fuir aucun sujet, il se raconte avec brio au contact de ce qu’il connaît, faisant de ‘4:44’ l’album hip hop le plus touchant de l’année, rappelant à tous le coeur qui bat sous ses innombrables casquettes.

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A ECOUTER EN PRIORITE
‘Kill Jay-Z’, ‘The Story Of O.J’, ‘Caught Their Eyes’, ‘Bam’, ‘Moonlight’, ‘Blue’s Freestyle/We Family’, ‘MaNyfaCedGod’

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