Jamie XX – ‘In Colour’

Album / Young Turks / 01.06.2015
Electro pique-assiette

Jamie Smith a la pression. Trois ans après que le dernier album de The XX soit sorti, et suite à une multitude de collaborations (Gil Scott-Heron, Drake, Alicia Keys…) et de remixes (Adele, Florence & The Machine, Radiohead…) qui l’ont gardé sous le feu des projecteurs, l’anglais passe enfin le cap du très attendu premier album, six ans après en avoir élaboré les premières démos: un laps de temps énorme en musique électronique, genre ou les modes changent à chaque coup de vent. Pas un hasard donc si, de bout en bout, ‘In Colour’ subit les bourrasques de son géniteur qui semble s’être attaché à reproduire à sa sauce toutes les tendances que son Angleterre natale ait connu (house, rave, tropical, hip hop), sans forcément les avoir vécues. Appelez ça du génie, ou de l’opportunisme.

Toujours est-il que, bien aidé par ‘Loud Places’ qui restera assurément un des grands tubes de cette année 2015 tant il aura convaincu par son efficacité mélo-mélancolique et sa jovialité, Jamie Smith tire ici de multiples ficelles qui, sans décrocher systématiquement des pépites (la house vieillissante de ‘Sleep Sound’, le ragga hip hop (sic) de ‘I Know There’s Gonna Be Good Times’), atteignent généralement leur but: faire danser jusqu’à l’épuisement à condition de ne jamais trop creuser, tout en démocratisant toujours un peu plus la musique électronique auprès du grand public, notamment celui de The XX qui trouvera ici de quoi calmer son impatience avant de voir son groupe favori replonger dans sa traditionnelle obscurité dès l’année prochaine. Celle qu’on entrevoit ici quand Smith joue l’introversion sur ‘Obvs’, et surtout ‘Stranger In a Room’ emmené par la voix d’Oliver Sim.

Parce que, bien que plus radieux et coloré que The XX, Jamie Smith ne reste pas longtemps déconnecté de ses compères lorsqu’il agit seul. Ainsi, au-delà de la présence de Romy contribuant beaucoup à la réussite de ‘Loud Places’ et de ‘Seesaw’, l’ombre du groupe plane également au-dessus de cet album en raison de l’approche minimaliste que le producteur tente quelques fois de reproduire à son compte, avec plus ou moins de réussite. En effet, si la formule fonctionne dans un contexte pop, il en est autrement en matière de musique électronique, surtout quand elle finit par simplement souligner un manque de richesse, frustrant par exemple sur l’entame ‘Gosh’ ou, passée son efficacité urbaine, il ne se passe finalement pas grand-chose.

Bien que loin d’égaler ses compatriotes Burial et Fourtet, c’est surtout quand il abat la carte de la mélodie que Jamie XX referme son piège et fait oublier les quelques longueurs de ‘In Colour’. A l’image de ‘The Rest Is Noise’ et de ‘Girl’ qui ferment brillamment la marche, c’est en elle que l’anglais trouve finalement le fil rouge de ce premier album à l’intérêt quelque peu écorché par une poignée de titres déjà dévoilés par le biais de singles et Eps, et dont la diversité l’inscrit malheureusement parmi les disques à consommer pendant qu’il est encore temps. En attendant une suite plus homogène, donc certainement plus convaincante et intemporelle.

‘Stranger In a Room’, ‘Loud Places’, ‘The Rest Is Noise’, ‘Girl’

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