James Blake – ‘Assume Form’

James Blake – ‘Assume Form’

Album / Polydor / 18.01.2019
Folkstep hip-hop


Depuis la sortie de The Colours In Anything, on soupçonnait une attirance de James Blake pour le secret et la surprise. En 2016, il avait pris ses auditeurs de court en synchronisant parfaitement l’annonce de l’album et sa sortie officielle. Pour Assume Form, la sortie était espérée, suscitée par la place occupée par l’artiste en headliner de nombreux festivals. La surprise ne réside plus ici dans la date de sortie, mais à l’écoute. La surprise de l’inattendu.

Il y a un an, le single If The Car Besides You nous avait convié à l’écoute d’un James Blake faisant le choix de la marge, au sommet de l’introspection électronique et des expérimentations vocales. Une fulgurance mélancolique qui aurait plus facilement trouvé sa place dans une installation muséale que sur les ondes d’une radio nationale. Douze mois plus tard, Assume Form s’ouvre sur un titre éponyme affichant clairement les intentions du compositeur : ‘I will assume form / I will leave the ether/I will assume form / I’ll be out of my head this time‘ (je vais prendre forme, je vais quitter l’éther, je vais prendre forme, je serai hors de ma tête cette fois).

Le changement est de taille : c’est un nouvel univers que James Blake nous propose d’arpenter. Cela nécessite de se mettre dans des dispositions nouvelles, de ne pas rechercher les brumes sonores et les déflagrations existentielles des précédents albums. Assume Form est résolument tourné vers l’autre: les invités y sont nombreux. Plus que de simples special guests, on sent une adaptation, un jeu de véritable ouverture de James Blake qui appelle Rosalía, André 3000, Moses Sumney à venir collaborer et à contribuer à la construction de ce pan nouveau de sa production musicale. Barefoot In The Park, avec Rosalía, est ainsi autant un titre qui semble appartenir à la chanteuse espagnole qu’il en est un nouveau du producteur.

Comment se traduit musicalement cette aspiration à se tourner vers l’autre et à quitter l’éther, à sortir de sa tête ? James Blake donne lui même la réponse dans ses paroles. La musique, moins cérébrale et introspective, est plus corporelle. Il y a une invitation rythmique à la danse qui devrait assurer à certains titres de l’album une certaine pérennité sur les dancefloor et sur les bandes fm. Surprenant venant du compositeur de Radio Silence. Autre changement : les basses et infrabasses qui venaient chaleureusement envelopper l’auditeur sont plus discrètes, moins marquées. À la vision romantique radicale succède une atmosphère plus tempérée, pour ne pas dire rationnelle. Les plus acerbes parleront de sonorités plus calibréesCertaines accroches de sons typiques, de bruits-signatures de James Blake refont parfois surface : le traitement saturé des voix sur Where’s The Catch, le dérèglement électronique du piano sur Don’t Miss It… Ces sonorités repères qui nous renvoient aux albums précédents sont aussi les plus triturées et les plus déréglées. A cet égard, le titre Don’t Miss It, également sorti l’an dernier, fait office de jonction entre Assume Form et The Colours In Anything. C’est également le morceau le plus triste, et paradoxalement le plus tranquillisant. Car la tristesse de l’anglais est parfois si somptueusement exprimée qu’elle fait office de réconfort pour ses auditeurs.

Ce réconfort si caractéristique qu’apportait l’écoute d’un album de James Blake fait place a de nouvelles impressions. On a le sentiment de découvrir un compagnon changé, indiquant de nouvelles directions. Les fans qui espéraient retrouver un partenaire de solitude et un accompagnateur de spleen seront peut être désorientés et préfèreront retourner aux précédents opus. Mais nombre d’auditeurs choisiront d’accompagner le virtuose anglais vers ses formes nouvelles. Un choix raisonnable ? 

ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
Assume Form, Where’s The Catch, Don’t Miss It


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