Jackson Conti – « Sujinho »

Sujinho[Album]
19/05/2008
(Kindred Spirits/Import)

Depuis l’annonce de la fin du Yesterdays New Quintet, dans lequel Madlib représentait cinq talentueux musiciens de jazz à lui tout seul, les nouveaux projets nés de l’éclatement de cette branche de la carrière du producteur commencent peu à peu à fleurir, alors que cette descendance éclectique avait déjà été présentée dans l’album de clôture « Yesterdays Universe » l’été dernier. Ceux qui suivent de près le cheminement labyrinthique et ramifié de Madlib ont donc très certainement déjà croisé le nom de Jackson Conti, s’intégrant dans le vaste ensemble de collaborations innovantes du californien, à la suite de Jaylib ou Madvillain, pour ne citer que les plus emblématiques

Sur ce coup-là, Madlib a choisi de s’associer à Ivan « Mamao » Conti, batteur du célèbre trio brésilien de jazz-samba Azymuth, très prolifique depuis le début des années 70, pour donner naissance à l’album « Sujinho », nouvel ovni sorti sur le label Kindred Spirits

La nature de cette connexion annonce d’office la couleur de ce nouveau projet, s’orientant clairement vers la musique brésilienne, ce qui ne nous surprend guère au regard de l’immense spectre d’influences de Madlib, qui finira à la longue par explorer toutes les musiques du monde… Le producteur s’illustre donc ici dans un nouveau registre, après avoir déjà beaucoup donné à la soul, au jazz et au funk en revisitant notamment, avec une aisance admirable, le catalogue de Blue Note (« Shades Of Blue« ) ou le répertoire de Stevie Wonder (« Madlib VS Stevie Wonder« )

Ce cap sur le Brésil s’inscrit par ailleurs pleinement dans la continuité du documentaire musical « Brasilintime: Batucada Com Discos » sorti en 2007, mettant en scène la rencontre des meilleurs producteurs et DJs californiens du moment (dont Madlib, J-Rocc et Cut Chemist) et des grands noms de la musique brésilienne (Joao Parahyba, Wilson Das Neves, Ivan Mamao Conti…). A la suite de cette riche expérience, Madlib amorça un travail de remix de titres d’artistes majeurs de la bossa nova et de la samba, notamment du groupe Azymuth. La rencontre avec Ivan Conti en personne finalisa ensuite le projet

On ne s’étonnera donc pas de trouver sur ce « Sujinho » une relecture de vieux 45T qui ont marqué durablement la musique brésilienne à la fin des années 60 et au début des années 70. Ainsi, on ne peut que tomber sous le charme des rythmes nonchalants et sucrés de Luiz Eca, Marcos Valle, Joao Donato, Chico Buarque et bien sûr Azymuth, dépoussiérés façon Madlib qui n’hésite pas à y incorporer des orientations plus hip-hop (« Sao Paulo Nights », « Waiting On The Corner »), laissant néanmoins la part belle aux contre-temps jazzy (« Praça Da Republica », « Brasilian Sugar », « Upa Neguinho ») et aux délicieuses mélodies un brin kitsch de la vieille samba et de la bossa nova (« Barumba », « Papaya », « Xibaba », « Sunset At Sujinho »). Sur chaque morceau rayonne également le génie rythmique de la batterie et des percussions de Mamao (notons particulièrement la performance du frénétique « Nao Tem Nada Nao »), qui rend aux côtés du producteur aux mille facettes un très bel hommage à son trio, notamment sur le titre final « Segura Esta Onda »

Au travers de « Sujinho », qui plaira autant aux amateurs de jazz les plus exigeants qu’aux férus de rythmes brésiliens suaves, Jackson Conti nous prouve sans détours que la relève du Yesterdays New Quintet s’avère bel et bien à la hauteur du projet madlibien d’origine. Présentant un véritable travail de passionnés, cet opus chaud et enivrant nous montre également que la schizophrénie musicale de Madlib n’est pas prête de s’arrêter en si bon chemin, se développant sans perdre une miette de son hallucinante créativité. Un incontournable de plus dans la discographie démente d’Otis Jackson Jr

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