J Dilla – « The Shining »

The Shining[Album]
22/08/2006
(BBE/Pias)

Difficile d’écouter objectivement ce « nouvel » album de J-Dilla a.k.a Jay Dee a.k.a la moitié de Slum Village a.k.a l’homme qui nous a quittés bien trop tôt en février dernier. « The Shining » est donc, vous l’aurez compris, un album posthume, composé à 90% par le génie de Détroit, en partie sur son lit d’hôpital, et finalisé par son ami et collaborateur de toujours Karriem Riggins

James Yancey préférait de toute façon l’ombre à la lumière et se contentait souvent de laisser sa musique parler pour lui. Probablement moins connu du grand public que d’autres célèbres beatmakers (Dj Premier, RZA, Prince Paul…), il était pourtant avec son pote Madlib l’un des plus doués de sa génération. Signe qui ne trompe pas, depuis 10 ans, les plus grands noms du hip hop n’ont eu de cesse de solliciter ses talents de producteur (The Pharcyde, De La Soul, Q-Tip, Common, Talib Kweli, Keith Murray, Busta Rhymes, Mad Skillz et tellement d’autres…). Quelques-uns de ces prestigieux MC’s ont tenu à lui rendre un dernier hommage sur ce disque, mais pas pour sombrer dans le pathos, comme c’est trop souvent le cas sur les oeuvres dites posthumes. Bien au contraire, « The Shining » restera même parmi les meilleures choses estampillées Jay Dee..

Comme on peut s’en apercevoir dès l’intro, où un Busta Rhymes furibard vient se poser, laissant présager qu’on n’est pas là pour pleurnicher! En deux petites mesures, on comprend qu' »E=MC2″ est une petite bombe à neutrons electro-funk où se pose un Common impérial, faisant de ce titre un tube imparable, au moins du niveau de « The Red » sur l’excellent « Jaylib »! Pharoahe Monch fait une apparition plus soulful que jamais sur un « Love » qui n’oublie pas que Detroit a été avant tout la ville de la Tamla / Motown. C’est d’ailleurs là la signature de J-Dilla qui a toujours su donner un feeling très soul à ses instrumentaux sans pour autant sombrer dans la mélasse r’n’b-risante. On s’en rend de nouveau compte avec les superbes « Baby feat. Madlib & Guilty Simpson » ou « So Far Go feat. Common & D’Angelo »

Retour aux choses sérieuses avec un beat quasi-industriel (n’oublions pas non plus que Detroit est aussi la Motor City…) sur le sombre « Jungle Love » avec MED & Guilty Simpson qui n’ont pas super envie de plaisanter. Jay Dee signe aussi quelques très bons instrumentaux comme « Over The Breaks » ou « Body Movin' » (feat ? J-Rocc aux scratches et Karriem Riggins à la prod.), bien meilleurs que la plupart des titres issus de son récent « Donuts »

On revient à la soul avec « Dime Piece », emporté par la voix sensuelle de Dwele, puis Black Thought de The Roots donne une leçon de MCing sur un « Love Movin' » construit sur des claps de castagnettes. J-Dilla s’offre finalement le luxe de clôturer lui-même l’histoire avec un « Won’t Do » qui mérite le coup d’oreille pour le simple fait qu’on y entend le producteur en personne rapper seul et, pour la première fois à ma connaissance, chanter, comme aurait pu le faire Mos Def

En cherchant bien, le seul reproche qu’on peut véritablement faire à ce « The Shining » est qu’il ne dure que trente six minutes, et que ça laisse un peu sur sa faim. Encore que, comme on dit chez moi, faut mieux faire envie que pitié

Pour l’anecdote, au fur et à mesure des titres, on entend des bribes de dialogues de film en sourdine. Ces interpolations proviennent du chef d’oeuvre de l’angoisse de Stanley Kubrick: The Shining. Qui de mieux qu’un génie pour hanter un autre génie?

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