Isis – « Temporal »

isis180Album
(Ipecac)
06/11/2012

On va parler de superbe. Pour citer Aaron Turner, chanteur et fondateur du groupe, voilà une « collection unique de chutes et de démos, ainsi que de vidéos et morceaux inédits, certains dont nous avions même oublié l’existence« . L’après Isis, l’après d’un groupe, c’est toujours attirant. Et pour faire un fugace historique, ce dernier s’inscrit dans la légende tant il a marqué le vaste monde musical, du métal au doom en passant par le post-ce-que-tu-veux entre 1997 et 2010. A l’heure où on attends Palms (avec des membres d’Isis et Chino Moreno de Deftones, ndlr), il est bon de saisir ces bribes d’oublis couvrant la totalité de la discographie du groupe. Un best-of sans en être un, plutôt un manque insoupçonné. Riche, éclatant et royal.

« Temporal », c’est presque deux heures d’écoute où s’étalent quatorze titres assez variés. Entre remixes, inédits et maquettes, le disque admet autant de facettes dissemblables qu’intéressantes. Le tout n’est pas décousu comme on pourrait le penser, il y a ce noble fil rouge qu’on ne pourrait saisir ni définir, renforcé par quelques pistes réellement travaillées en studio et s’avérant par ailleurs rayonnantes dans ce que le groupe sait faire de mieux: allier la puissance mélodique et la violence subtile, avec une force de composition à rendre jaloux ses pâles copies (« Way Through Woven Branches », « Pliable Foe »). Parce que pas au niveau de leurs versions studio définitives, le combo propose aussi les versions instrumentales de deux  titres (« Ghost Keys », « Wills Disolve »), intéressantes pour la comparaison d’autant qu’elles ne sont pas des moindres. On passera assez vite sur les deux remixes peu attrayants, tant sur la forme que sur le fond, pour se concentrer sur ce que proposent les fonds de tiroirs. Reliques quelque peu hasardeuses mais bien vivantes, leur son n’est pas le plus pur mais il reste assez jouissif d’écouter les variantes brutes de ces morceaux grandioses (« False Light », « Carry »).

Quoi de mieux que d’attraper un peu d’authentique à la volée quand on baigne au milieu d’un monde musical aseptisé? De fait, Isis nous offre de sacrés moments. Sans jamais perdre de vue l’élégance et la finesse, le groupe berce autant qu’il bouscule (les titanesques dix-sept minutes de « Grey Divide »). Sans totalement rivaliser avec son original, on retrouve la fameuse reprise de Goldflesh (« Streetcleaner »). Capable de toutes les grandeurs, l’album se termine par une version acoustique de « 20 minutes 40 years » laissant de lui une très belle impression. Le don aura été de distiller tout une existence en un instant, de combiner les vieilles et les récentes histoires pour créer un souvenir éveillé et plus que jamais existant. Une marque temporelle à l’image du titre de cet album et de l’ampleur d’un groupe, tendre et invulnérable. Les plus réticents et les moins sensibles n’auront pour consolation que cette petite phrase de Goethe: « On se moque toujours de ce que l’on ne comprend pas« .

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En écoute intégrale

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