Ingrina – ‘Etter Lys’

Ingrina – ‘Etter Lys’

Album / A Tant Rêver du Roi / 07.05.2018
Post métal


Bientôt, on reliera Bordeaux à Paris, Paris à Lyon le temps d’une respiration et, autour, au milieu, il n’y aura plus rien de visible, qu’un vaste nulle part. On traversera le Limousin comme jadis les pionniers de l’Ouest américain les plaines à bisons, en beaucoup plus vite. On ne regardera même plus par la vitre les collines boisées, les villages abandonnés où la végétation aura repris ses droits, grimpant sur les murs des églises, serpentant autour des charpentes. Plus personne ne s’y arrêtera.

Et pour cause, on dit le coin hanté par la bête Ingrina. Du haut des plateaux s’échappent ses grondements qui font trembler du sol jusqu’au plus profond des tripes. Elle fascine, envahit l’atmosphère, et possède celui qui approche. Soudain, les arbres ne sont plus que du bois, les marais ne sont plus que de l’eau, et voilà qu’on se détache du temps qui passe. Le nombre de choses que l’on aurait pu faire durant ces dix minutes, restées abandonnées face à l’orage qui s’avance, à regarder les éclairs déchirer le ciel, à ressentir sur son visage la brise qui l’amène. La bête est là, et c’est plus l’Hydre de Lerne que la Sirène d’Andersen.

Avec ses trois guitares et deux batteries, Ingrina a bien la carrure d’un mastodonte. Deux ans après un premier EP, les Corréziens reviennent avec Etter Lys, six titres en cinquante minutes où rêves et chaos s’entrechoquent avec fracas dans un autre espace temps. La bête se dévoile de suite : dans Black Hole, un hurlement lointain et des envolées post-rock s’extirpent de puissants martèlements doom. Il y a une dualité entre ciel et terre que l’on retrouve dans Fluent, ou tout ce qui monte avec grâce retombe violemment cent fois plus lourd. Et encore une fois, Resilience commence une ballade en terres désolées, recouvertes d’une bande de brume. Elle dure avant de décoller magnifiquement, et se prolonge avec Leeways, plus intense encore avant la chute en pluie de hallebardes. Le groupe prend le temps qu’il lui faut pour instaurer des ambiances, pour construire patiemment son monde propre, avant de tout détruire.

Avec Etter Lys, Ingrina signe un disque qui nous arrache des certitudes et automatismes trop faciles, qui nous pousse à regarder plus profond. Il n’y a pas de plastique ni de matière synthétique là dedans : c’est du vrai, du travail de l’âme et des viscères qui espérons le, sera reconnu dans le flot de musique jetable et éphémère. 

VIDEO
ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
Black Hole, Leeways


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