Infinite Livez – « Art Brut Fe De Yoot »

Art Brut Fe De Yoot[Album]
12/03/2007
(Big Dada/Pias)

Dans chaque famille musicale, il existe une sous-famille commune qu’on pourrait baptiser affectueusement « les siphonnés du cerveau » (d’autres moins affectueux appelle ça l’avant-garde). Vous y trouvez par exemple quelques grands allumés de l’Histoire comme Captain Beefheart, Mike Patton, Can, Frank Zappa, Sun Ra, George Clinton ou Venetian Snares..

On peut sans crainte de se tromper ranger l’anglais Infinite Livez dans cette même catégorie. Le rappeur/dessinateur le plus givré du label Big Dada (qui porte sacrément bien son nom pour cette occasion) offre en effet des collages sonores que les poètes surréalistes n’auraient certainement pas reniés. Son premier album « Bush Meat », sorti en 2004, en était un parfait exemple, tout comme le farfelu « No More Bananas » paru sur la compile « Extra Yard« ..

De leur côté, Pierre Andetat et Christophe Calpini expérimentent depuis quelques années dans le duo Stade. Les deux Suisses ont déjà une solide réputation dans le jazz, les musiques électroniques et le hip hop. Ils sont par exemple à l’origine du groupe jazz rap Silent Majority qui va largement contribuer à faire découvrir Erik Truffaz et le MC Nya au début des 90’s. Pierre Andetat tutoie même un temps le succès commercial avec le groupe Sens Unik à l’époque des Solaar et Cie. Mais c’est clairement dans ce nouveau projet free jazz électronique que les deux hommes semblent le plus à leur aise. En 2005, le duo (dont un nouvel opus digital est bientôt attendu sur Kitty Yo) avait déjà sorti un premier album, « Tactile », malheureusement difficile à trouver en France puisque non-distribué. La liste des invités faisait pourtant saliver: Nils Petter Molvaer, Erik Truffaz & Nya, Elliott Sharp, Wayne Paul (la voix reggae soul de Lotek Hifi) et Infinite Livez donc, qui démarrait ainsi une fructueuse collaboration

Vous vous en doutez, ce « Art Brut Fe De Yoot » aurait eu du mal à rentrer dans des cases, même si ses auteurs l’avaient voulu ainsi. Enregistrés volontairement en une prise, improvisant souvent en direct, les trois hommes nous plongent au contraire dans un magma cacophonique et déstabilisant, à la croisée du free jazz, de la musique concrète, de l’electronica et du slam. Si un esprit tordu s’amusait à enfermer Iswhat?!, Daedelus et Busdriver dans un 15m², on peut légitimement penser que le résultat approcherait ce qu’on entend sur ce disque

Les formats sont explosés (les titres vont de 1’59 » à 7’35 » sans que cela nuise à la cohérence du propos), les structures sont sévèrement malmenées, mais une bonne humeur générale empêche le tout de se prendre trop au sérieux. L’humour pour le moins décalé de Infinite Livez (« Unbiased Reductionism In 21st Century Music Practices »), parfois même assez grivois (cf. « The Taste Of Jazz To Cum », pas facile à traduire mais si vous maîtrisez un peu l’anglais vous comprenez de quoi il s’agit…), voire à la limite du caca-prout (« Artyfartypartynazi »), donne à l’affaire une sorte de naïveté enfantine, qui manque souvent à ce genre de projets

Malgré tout, des titres comme le sublime « The Ballad Of Baby Man », « [^_^]zzZ » (bonne chance aux animateurs radio qui voudront annoncer celui-ci!) ou « From Now On Things Are Gonna Be Different » parviennent à être terriblement accrocheurs. N’en parlez pas aux poppeux qui s’arrachent les mèches pour trouver des couplets/refrains imparables..

Il vous faudra sans doute quelques écoutes avant de goûter pleinement cet univers des plus singuliers, mais si vous n’êtes pas allergique à l’excentricité vous pourriez bien vous surprendre à jouer ce disque plus que de raison. Méfiez-vous des blouses blanches!

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