Zenzile – « Living In Monochrome »

Living In Monochrome[Album]
03/09/2007
(Uwe/Discograph)

N’en déplaise à certains, on risque d’avoir quelques difficultés à couronner à nouveau Zenzile roi du dub français à l’aune de ce cinquième album (mais déjà douzième disque si on compte les maxis et les projets annexes). Car si le quintette angevin s’est toujours autorisé certaines libertés avec le dogme jamaïquain, n’ayons pas peur de dire qu’il ne s’interdit plus rien du tout aujourd’hui. Peu importe le flacon, pourvu qu’ils aient l’ivresse..

Il y a quelques mois, ils prenaient déjà leurs fans à contre-pied en soulageant leurs tentations électroniques en version Sound System. Récemment, ils prouvaient qu’ils pouvaient tout autant se la jouer hip hop (cf. le très bon inédit du « Metà Metà EP« ). Avec ce « Living In Monochrome », le groupe assume cette fois-ci pour de bon les penchants rock qui transpiraient de leurs travaux antérieurs. Un rapide regard dans le rétroviseur 80’s avant de semer définitivement la horde de groupes hexagonaux qui s’était lancée à sa poursuite: Zenzile tape de la basse sur la table et s’en va piocher dans le post-punk, le funk blanc, la cold wave ou le blues urbain pour se réinventer une énième fois. Que ceux qui visualisent mieux avec des noms se replongent dans leur discothèque et dépoussièrent leurs Gang Of Four, Bauhaus, P.I.L, Devo, Fugazi, The Ex ou autres Talking Heads..

Enregistré et produit au Studio Black Box (qui a dompté jadis les guitares de Shellac, Deus, Sloy…), ce nouvel opus rompt donc définitivement avec le passé discographique du groupe. Vous vous dîtes qu’on vous a déjà fait le coup, que ce n’est qu’un simple effet de rhétorique de plus pour faire vendre… Ecoutez donc « All Day Breakfast » et son riff possédé à la White Stripes et dîtes-moi si vous auriez songé entendre ça chez Zenzile il y a quelques années? Et que penser des déhanchements discoïdes de « Sham »? De la pop synthétique de « Who’s For Real »

Si le ton général de l’album s’est sensiblement durci, on ne peut pas non plus passer sous silence la prédominance des voix qui se taillent la part du lion sur les deux tiers de l’album. On retrouve bien sûr les fidèles, comme Sir Jean qui habite le dernier soubresaut jamaïquain du groupe (« Rising Fist »), une Jamika Ajalon plus revêche (« Who’s For Real »), sans doute marquée par son escapade solo, ou encore K-Rol Gola, déjà croisée sur « Sachem In Salem » et « Metà Metà », qui renvoie ici Björk réviser son Nina Hagen dans une avalanche funky (« Sham »)

Mais le cercle vocal s’agrandit en lâchant trois nouveaux « timbrés » dans l’arène. Après s’être fait refaire le portrait sur leur dernier maxi par Matthew Herbert et Doctor L, Zenzile poursuit sa politique étrangère en invitant la voix la plus érotogène du trip hop anglais –vous aurez tous reconnu Tricky– obligée de sortir de ses retranchements sur une rythmique electro-funk où le bonhomme semble s’en donner à coeur joie (« Reflection »). David K. Aklderman, leader cabochard et gallois du Warehouse 99 Project, pousse aussi ses feulements jesuslizardiens et sexy sur deux morceaux abrasifs (« All Day Breakfast » & « Demon Inside ») qui pourraient bien donner du fil à retordre à LCD Soundsystem et consorts. Et enfin Paul St. Hilaire a.k.a Tikiman, dont on ne compte plus les apparitions auprès du duo berlinois Rhythm&Sound, pose ici sa voix de velours sur un riddim tout en suspension qui ne pouvait que l’inspirer. Mais n’allez pas croire que les Zenzile sont du genre à essayer de refourguer un album faiblard sous les paillettes d’une liste d’invités rutilante… Les Angevins ont au contraire tenu à rappeler qui était le véritable patron en signant une poignée d’instrumentaux qui restera certainement parmi les meilleurs de leur discographie

« Still Can’t Sleep » démarre ainsi l’album avec sa rythmique tendue et son sax pyromane comme si Morphine rencontrait Fugazi une nuit mortifère au cours de laquelle tout pourrait basculer. « Twelve hours of work, and I still can’t sleep… ». Le très beau « Giant Undertow » sonne les cloches de l’enfer et dessine un entrelacs de guitares qui hésitent entre mélancolie et accès de fureur, alors que « Offshore » et « Last Drink On Earth » s’enfoncent sur les pistes déjà défrichées sur le sublime « Mafate » du précédent album, et débouchent sur une sorte de rock cérébral et organique qui doit autant à Pink Floyd qu’à Miles Davis

Face à un costard devenu trop étriqué pour eux, les Zenzile ont donc choisi la méthode dite de l’Incroyable Hulk… Le dub est en lambeaux, mais le groove est saillant et le regard fier. Le roi du dub français est mort, vive Zenzile!

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