Thurston Moore – « Trees Outside The Academy »

Trees Outside The Academy[Album]
24/09/2007
(Ecstatic Peace/Differ Ant)

Il existe sans doute des gens qui, échaudés par de mauvaises expériences avec des groupes noisy ou post-rock de bas étage, sont complètement passés à côté d’un monument comme Sonic Youth. Et ça n’est franchement pas pardonnable

Car à l’image du Velvet Underground dont il se revendique corps et âmes, le quatuor new-yorkais est avant tout un fabuleux groupe de pop, au songwriting parfait, qui s’amuse ensuite à expérimenter sur les textures du son et les techniques d’improvisation, quand trop de leurs confrères se trompent en commençant dans l’autre sens

Thurston Moore, l’éternel blondinet de Sonic Youth, vous offre une séance de rattrapage avec la sortie de « Trees Outside The Academy », son deuxième véritable album solo (depuis « Psychic Hearts » en 1995), dans lequel il étonnera son monde en signant un album étonnamment accessible. Pourtant habitué aux projets alambiqués et/ou bruitistes (cf. l’album-concept « Root » où le bonhomme a offert plusieurs impros de guitare en pâtures à divers carnassiers parmi lesquels Alec Empire, Mogwaï, Merzbow, Luke Vibert, Stereolab, Blur ou Add N To X…), Thurston Moore a ici privilégié le versant pop, voire parfois folk, de son paysage intérieur

Essentiellement à la guitare sèche ou à la basse, l’homme a fait appel à ses proches pour habiller sa voix blanche à vous donner le frisson. On retrouve donc entre autres Steve Shelley (batteur de Sonic Youth et découvreur de Cat Power à ses heures perdues), le vieux complice J-Mascis (chanteur/guitariste de Dinosaur Jr), la violoniste Samara Lubelski ou encore John Agnello aux manettes (déjà à l’ouvrage sur le récent et très bon « Rather Ripped » de Sonic Youth)

La première moitié du disque enchaîne ainsi les folk-songs faussement tranquilles qui rappellent à certains endroits les meilleurs moments du « Harvest » de Neil Young. « Frozen Gtr », « The Shape Is In A Trance », « Honest James », « Silver>Blue » ou « Fri/End » ont de toute façon un sens de la mélodie qui ne trompera aucun fan de Sonic Youth. Ces titres n’auraient pas dépareillé au tracklisting de chefs d’oeuvre comme « Goo » ou « Daydream Nation »..

La seconde moitié est plus hétéroclite, oscillant entre plages déstructurées (« American Coffee », « Off Work »), pop song vénéneuse (« Never Light ») ou rock nerveux (« Wonderfull Witches », « Trees Outside The Academy »)

Alors, c’est vrai, le reproche qu’on pourrait faire à cet album, c’est qu’il sonne comme du Sonic Youth en plus apaisé. Mais on ne joue pas dans un groupe depuis 26 ans sans finir par devenir soi-même ce groupe. Aujourd’hui, quand Thurston Moore ouvre la bouche, gratte une corde, c’est Sonic Youth. Qu’on le veuille ou non. Qu’il le veuille ou non. Et honnêtement, c’est bien le cadet de nos soucis quand le disque est de cette qualité!

L’album se termine presque en clin d’oeil sur un vieil enregistrement où un jeune Thurston de 13 ans s’amuse déjà à mettre en boite tous les sons qu’il peut produire autour de lui. A presque cinquante ans, Moore est ainsi l’exemple vivant qu’on peut faire carrière en restant fidèle à ses premières amours. Plus que l’éternelle jeunesse, ce type a sans doute atteint une sorte d’intemporalité…

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