Thee Oh Sees – ‘Drop’

Album / Castle Face / 19.04.2014
Garage rock psyché

Décembre 2013, quelques jours seulement avant Noël histoire de bien gâcher la fête, John Dwyer laissait planer un sérieux doute quant au futur des pourtant si productifs Thee Oh Sees. Usé par une succession de tournées intenses, forcé par son départ d’un San Francisco qu’il ne reconnaît plus pour s’en aller rejoindre Ty Segall à Los Angeles, le charismatique frontman annonçait un hiatus imprévisible aux vues d’une discographie toujours plus riche et qualitative, d’autant plus regretté quand il intervient à l’apogée d’un parcours exemplaire. En une fraction de seconde donc, comme pour contrecarrer nos plans, les excellentissimes Thee Oh Sees ne signeraient finalement pas le nouveau bail d’une scène garage californienne qu’ils portaient déjà depuis de nombreuses années…

Alors qu’on ne sait toujours pas très bien s’il doit être porteur d’espoir ou s’il est la cerise sur un gâteau en passe de ne laisser que des miettes, ‘Drop’ – enregistré l’an passé dans une serre à bananes – vient remuer le couteau dans la plaie, enfoncer le clou d’une suprématie que quelques concerts annoncés empêchent encore de qualifier de posthume. En neuf titres seulement, Dwyer y résume, conjugue et conserve tout ce qui a contribué à faire Thee Oh Sees: un son, une signature vocale, des mélodies (‘Put Some Reverb On My Brother’), des refrains à l’efficacité furieuse (‘Camera (Queer Sound)’), de gros traits psychédéliques (‘Savage Victory’, ‘Transparent World’), d’autres plus pop comme sortis du moule ‘Minotaur’ (‘King’s Nose’, le magnifique ‘The Lens’ porté lui aussi par un violoncelle), des riffs ici plus heavy que jamais (‘Penetrating Eye’), et des soli aux allures improvisées.

Sans compter évidemment ce fameux grain de folie qui, même sous-jacent sur disque et aléatoire suivant les compositions, éclate immanquablement sous le feu des projecteurs. C’est lui qui renforce une nouvelle fois ici la cohérence d’un opus que ce groupe insolemment talentueux semble obtenir sans l’avoir cherchée. Forts de titres incarnant totalement leur marque de fabrique (‘Encrypted Bounce’ et ‘Drop’ notamment), Dwyer et sa bande – bien aidés ici par quelques collaborateurs dont le recommandable Mikal Cronin – signent donc un nouvel album bien loin de marquer le pas, aussi incontournable que les précédents, et qu’on ne peut donc que difficilement imaginer être le dernier.

‘Encrypted Bounce’, ‘Savage Victory’, ‘Drop’, ‘Camera (Queer Sound)’, ‘The Lens’

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