Sleeppers – « Signals From Elements »

Signals From Elements[Album]
24/04/2006
(At(h)ome/Wagram)

« Interaction », dernier album en date des Sleeppers sorti il y a maintenant trois ans, est de ceux dont aime encore se délecter. « 15.597_Making Noises », excellent DVD datant d’il y a quelques mois, aimait rappeler que les bordelais forment une machine de guerre imparable sur scène, mais préparait aussi doucement le terrain de ce « Signals From Elements », nouvel opus encore une fois bluffant. Rasez les murs, le rouleau compresseur est de nouveau de sortie et va encore laisser de sérieuses traces dans les esprits des mélomanes éduqués aux Neurosis et Unsane..

Alors que le précédent opus laissait autant apparaître une production plus léchée que les influences mélodiques de leur nouveau guitariste, celui-ci semble s’être définitivement intégré au groupe qui, en plus de s’enrichir, opère un léger retour en arrière en lorgnant discrètement vers la période « Cut Off ». « Signals From Elements » revient à un son moins compact, plus rock, aux ambiances sombres et on ne peut plus tendues ou quelques riffs parviennent à se faire une place dans cette mer déchaînée de rythmiques machinales et d’accords puissants déferlant par vagues successives (« Blacklisted »). Tourner en rond est un piège qui pourrait alors tendre les bras aux Sleeppers si ceux-ci n’étaient pas détenteurs d’une technique sans faille, celle qui permet aux guitares de se compléter habilement, voire de converser (« Darwin 5.4 », « Monkey Decision »), d’hypnotiser l’auditeur en le soulevant vers des sphères de plus en plus hautes, mais aussi d’apporter assez de relief (« Slaves ») pour parfois aussi laisser s’installer un chant plus mélodique et planant (« Undone »). Les Sleeppers jouent d’insolence, pondent des titres paradoxalement violents, brutaux et séduisants, comme cet excellentissime « Thrill », sorte de montée de marches royale vers le palais des esprits possédés, ou le plus tribal « Ruines » (feat Reuno de Lofofora) qui pousse l’auditeur vers une violence addictive accrue au fur et à mesure qu’il s’enfonce dans ce disque (« Don’t », « Recycle V2.0 »). Fort heureusement, la redescente s’opère en douceur avec un long « Landscapes » marquant une surprenante collaboration avec Rageous Gratoons, et un « Tokio 3127 » aux consonances electro assez proche de Trigger, projet electro dub des bordelais

« Signals From Elements » est incontestablement le meilleur disque des Sleeppers. Sous ces treize pavés, une rage débordante et positive, marque indélébile d’un groupe qui sait utiliser à bon escient une expérience longue de maintenant dix-sept ans. Dix sept ans au service d’une noise hardcore qui a su fédérer un public constamment demandeur, qui plus que jamais prend plaisir à se taper la tête contre les murs, à se faire cisailler la tronche, à entrer en transe dès que raisonnent de pareilles « berceuses ». Les Sleeppers sont grands, et il va enfin falloir que ça se sache…

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