Shellac – « Excellent Italian Greyhound »

Excellent Italian Greyhound[Album]
04/06/2007
(Touch & Go/Pias)

« Shellac will have a new LP anytime between now and the future« , telle est la phrase qui squatte à longueur d’année sur le site internet du label Touch & Go. Car il faut le savoir, la bande de Steve Albini ne s’impose aucune obligation, tourne et enregistre au rythme qu’elle souhaite. Pour preuve, il aura fallu attendre sept longues années pour que « 1000 Hurts », le dernier opus en date du trio, ne se voit offrir un successeur. « Excellent Italian Greyhound » (simple clin d’oeil à l’animal domestique du batteur Todd Trainer) était annoncé depuis la fin de l’année 2006 environ, et comme à son habitude, le groupe n’a laissé passer aucune information jusqu’à ce que celui-ci n’atterrisse dans les bacs des disquaires les plus réactifs. Au mieux, seules les quelques centaines de mélomanes avertis ayant assisté à la toute récente prestation parisienne de Shellac, évidemment monstrueuse, auront pu avoir un aperçu de ces neuf nouveaux titres tant attendus

Sept ans sont passés donc, sept ans auxquels Steve Albini, Todd Trainer et Bob Weston seront restés totalement indifférents. Et pour cause, Shellac reste totalement atypique, fidèle à ce qu’il a toujours été, en dehors de tous formats. Pour preuve, « The End Of Radio » qui ouvre ce nouvel album avec trois notes de basse répétées à l’infini sur lesquelles Albini s’égosille, pendant que Trainer intervient de manière anarchique et joue avec le rythme. Le ton est donné, Shellac n’a, une nouvelle fois, pas fait de concession. Pas une surprise, comme celle d’entendre l’osmose parfaite qui règne entre les musiciens, y compris quand les structures de morceaux paraissent si aléatoires, presque improvisées

Mais c’est surtout la variété des titres, et la cohérence du tout, qui nous laissent penser que Shellac abat peut-être là (avec l’incontournable « At Action Park ») la meilleure carte de sa discographie. Tendu, direct, solide, et furieusement rock n’roll sur « Steady As She Goes » et « Boycott », tous deux déroulés avec un naturel déconcertant; lourd et posé sur « Elephant » qui sonnera comme une balade pour qui connaît le registre du groupe; instrumental et élégant façon Slint (en plus musclé quand même!) sur le trop court « Kittypants » ou le plus long « Paco »; ou sauvage et même garage sur le final « Spoke »… Telles sont les différentes facettes du Shellac 2007 qui se permet même d’être totalement barré et minimal sur les neuf minutes de « Genuine Lulabelle », et d’amener une petite touche d’humour à l’entame de l’excellent « Be Prepared » lorsqu’il simule quelques difficultés de coordination au lancement du morceau, peut être le meilleur de ce « Excellent Italian Greyhound » si on ne devait en retenir qu’un

Quinze ans de carrière, seulement quatre albums au compteur, Shellac ne revient jamais pour faire le travail à moitié. Ses sorties sont rares, mais font office d’une implacable remise à l’heure. Ce nouveau disque sonne comme tous les autres mais, encore, toute une ribambelle de formations les plaçant au premier rang de leurs influences vont leur courir après pendant longtemps. À l’instar de Fugazi, Shellac est de ces groupes intemporels, toujours surprenant tout en restant incroyablement constant. À son écoute, le temps s’arrête et nous fige. Ça ne sera pas facile, mais on risque bien de passer les quelques années à venir, les doigts croisés, priant pour qu’on ait encore l’occasion de regarder le futur filer sans nous. Car, comme pour tous ces groupes qu’on ne souhaiterait jamais voir mourir, « Excellent Italian Greyhound » aura peut-être droit à un successeur. Ou peut être pas..

Ps: Comme à son habitude, Shellac a encore une fois pris la belle initiative d’insérer un CD dans le packaging de la version vynil (d’ou les deux liens en haut de page). Voilà qui aidera considérablement les éternels hésitants…

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