Shape Of Broad Minds – « Craft Of The Lost Art »

Craft Of The Lost Art[Album]
27/08/2007
(Lex/Differ Ant)

Le disque est devenu la course au fric, les labels enchaînant les sorties plus ou moins bonnes pour tirer le moindre profit et espérer continuer leur activité quelques temps. Pourtant, il existe quelques exceptions laissant penser que la qualité peut largement être préférée à la quantité sans mettre en danger le catalogue et surtout l’estime d’un public pointu et mélomane. Lex en est, assurément. Car le label Anglais, avec seulement une grosse quinzaine d’albums sortis en quelques années d’existence, n’est pas du genre à travailler à la va-vite, trie ses artistes sur le volet, et s’applique toujours à donner une certaine valeur à ses disques, qu’il s’agisse de la forme comme du fond. Sans surprise, ce « Craft Of The Lost Art » de Shape Of Broad Minds n’est pas une exception, et mieux encore, est porteur de beaucoup d’espoirs quant à la bonne santé du hip hop quand il sait s’écarter de ses démons commerciaux.

L’histoire de ce super-groupe est partie de Jneiro Jarel, producteur très en vue de l’autre côté de l’Atlantique, et notamment auteur du récent « Beat Journey » sous l’identité Dr Who Dat?. Non content d’avoir déjà réuni les sons de Detroit et de Philadelphie sous les meilleurs auspices, il est cette fois « parti » à travers les Etats Unis pour y chercher quelques compères qui, comme lui, n’ont que faire de la tendance, et affectionnent plutôt les beats jazzy venus d’ailleurs. Sur sa route, il a donc emmené avec lui Panama Black, Dr Who Dat?, Jawaad (rappeur et multi-instrumentiste de Houston), et Rocque Wun (ces trois derniers n’étant en fait que trois autres personnalités du bonhomme) pour arriver à un résultat surprenant, comme si Madlib (tiens, tiens…) avait soudainement décidé de se faire à la fois plus complexe et accessible

Paradoxal? Certes, mais « Craft Of The Lost Art » prouve que c’est possible. Car là où le producteur californien, bien que surdoué, demande un réel effort à l’écoute, Shape Of Broad Minds a le bon goût d’alterner les plaisirs, de jouer de diversité, sans pour autant faire de concession et perdre en cohésion. En 23 titres, le (faux) quintet nous fait redécouvrir le groove, une richesse puisée dans les talents de trompettiste et de keyboardiste de Jarel (aka Jawaad) qui expose cette fois sans complexe ses nombreux atouts vocaux via Rocque Wun (« Buzz Around Town » et « It Ain’t Dead » où il se fait crooner). Tout comme les invités ici présents (MF Doom, Count Bass D, Lil’Sci, Stacy Epps, Deborah Jordan), les références sont alors nombreuses: on pense à Outkast, à SlumVillage, à Sa-Ra Creative Partners ou Madvillain, que de noms qui, par le passé, ont prouvé…qu’ils n’avaient plus rien à prouver..

Et il faut bien avouer qu’à l’écoute de ce disque, Jneiro Jarel n’a absolument rien à leur envier, il s’avère peut-être même encore plus passionnant de par une diversité musicale sans borne. Car Shape Of Broad Minds possède un palette plutôt bien fournie, passant avec une insolente facilité de sonorités rock (« Gorilla Mash », « 12C »), electro (« Mermaid »), soul (« Solo Underwater ») et jazz-psyché (« Lullabanger », « Stiff Robots & Drunken Horses »), au hip hop qu’on lui connaît (« It Lives On », « They Don’t Know », très Détroit avec « Light Years Away », lourd et bien fourni sur « BuddaFly Away » et « So Much (Chaos) »). Mais le meilleur est à venir, car il ne fait aucun doute qu’on retiendra ce disque grâce à une grosse poignée de titres de haute volée, tous illustrations ultimes du talent du personnage. Vous trépignez? Citons les alors…: l’énorme premier single « Let’s Go (feat MF Doom) » au beat efficace, le chaud et langoureux « Changes », le délicieusement soul « Opr8r », le profond et presque cinématographique « Electric Blue », le lourd et destructeur « Beast From Da East », ou l’exceptionnel « Viberian Sun », exemple parfait de la dextérité dont fait preuve Jneiro Jarel en jouant avec des rythmes dissociables mais parfaitement couplés

Incontestablement, « Craft Of The Lost Art » sera des albums qui resteront dans les mémoires tant il est avant-gardiste et original. Peut-être aussi parce qu’il est le fruit du mystère rodant autour de cette capacité schizophrénique qui a déjà prouvé son impact avec Madlib. Madlib, reparlons en encore un peu d’ailleurs, Jneiro Jarel ayant annoncé qu’il faudra s’attendre à quelque chose de complètement différent de sa part à l’avenir puisqu’il refuse désormais catégoriquement d’être mis dans le même panier que le californien ou le regretté Jay Dee… Certes, il l’aura bien cherché, mais on piaffe déjà d’impatience, curieux que nous sommes de savoir quel Roi il va décider de détrôner..

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