Russian Circles – ‘Guidance’

Album / Sargent House / 05.08.2016
Post métal

Depuis exactement dix ans qu’il a sorti son premier album, Russian Circles aurait pu tomber mille fois dans la banalité en recyclant sans cesse les ficelles les plus évidentes de son mélange instrumental de post rock et de métal. Seulement, derrière la simplicité apparente de chacun de ses disques, le groupe de Chicago redistribue les cartes en consolidant constamment les fondations de son oeuvre, notamment cette dynamique responsable des contrastes saisissants qui s’en dégagent, et qui ne manque jamais de souligner aussi bien sa force que sa subtilité. ‘Guidance’ ne fait donc pas exception à la règle, et s’inscrit comme une suite de l’excellent ‘Memorial‘ (2013) qui affichait déjà un format plus conventionnel, en rupture avec les longues compositions du passé.

A trois, et pas un de plus cette fois, Russian Circles déroule donc ici un savoir-faire désormais blindé, d’où l’improvisation suinte de chaque riff et chaque accord : une feinte soufflée par la spontanéité du groupe, voilant un véritable travail de structure. A l’image de cette approche, les guitares qui s’enchevêtrent tout au long de l’entame ‘Asa’, puis de son écho ‘Overboard’ un peu plus tard, font d’eux des titres à part au sein de ‘Guidance’. Ce n’est donc que lorsqu’ils viennent respectivement se jeter dans ‘Vorel’ et ‘Calla’, tel un fleuve dans la mer, que se dressent enfin fièrement tous les atouts des chicagoans. Dans votre casque, après avoir poussé le volume de façon significative, Russian Circles laisse alors parler ses humeurs changeantes, percer quelques pointes de mélancolie et, derrière la force déployée comme dans ses plus sombres profondeurs, trouver encore le moyen de tirer la corde de l’émotion.

Mais Russian Circles n’est jamais aussi convaincant que lorsqu’il verse tout dans un même pot, comme sur ‘Mota’ et ‘Afrika’ offrant une suite vertigineuse à rendre Mogwai et This Will Destroy You verts de jalousie. Débutés dans le calme, ils s’achèvent non loin du chaos, poussés par le souffle d’une puissance décuplée, rappelant entre les notes que Kurt Ballou (Converge, producteur de l’album) n’y est certainement pas pour rien. Aussi indispensable à l’album que révélateur d’un travail de composition encore plein de promesses, ‘Lisboa’ se charge d’achever sereinement la taille de cette sixième pierre – certainement la plus lourde – d’un édifice qui poursuit sa fortification alors qu’il ne tremble plus depuis longtemps.

‘Vorel’, ‘Mota’, ‘Afrika’, ‘Calla’

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