Pop.1280 – « Imps of Perversion »

popAlbum / Sacred Bones / 19.08.2013
Post punk

Une nouvelle fois, les retrouvailles avec Pop. 1280 se déroulent la nuit, une nuit new-yorkaise étouffante, plus proche des caves fissurées que des quartiers gentrifiés. L’artwork l’illustre parfaitement, laissant les buildings luxueux au second plan, loin derrière un trio de primates dégénérescents plongés dans l’Upper Bay. Cette apparition erratique, sublimée par un halo écarlate, n’est pas sans témoigner de l’obsession du quatuor pour la laideur.  Ce goût de la noirceur était déjà éloquent au sein de  »The Horror », premier album glauque et détonnant, contre-pied des expérimentations pop et polies devenues institutionnelles à New York.

Sans apporter d’évolution notable à ses fondamentaux bien établis, Pop. 1280 poursuit son impeccable entreprise de démolition. Leur nom attestant déjà de la place majeure de la littérature dans le groupe, nul ne sera surpris du titre de cet album, clin d’oeil appuyé au  »Démon de la Perversité » de Poe. Pour synthétiser vulgairement, l’auteur narrait dans cette nouvelle – traduite en France par Baudelaire – combien l’Homme se constitue par le Mal et se nourrit de lui, courant irrévocablement vers la dépravation et la violation, consciente, des règles.

 »Imps of Perversion » décline la thématique en onze morceaux forgés par la rage et l’humour caustique. Immoral, le groupe joue l’observateur amusé des tourments qui nous animent.  Au premier plan se situe la voix de Bug, hurlant cyniquement ses prêches, quelque part entre David Yow et Nick Cave. Autour de lui, la guitare obsédante d’Ivan Lip, toujours incisive et bien servie par un mix la démarquant de la rythmique. Avec une puissance insolente,  cette dernière assume sans retenue ses fracas sonores.

Plus varié dans ses propositions, ce deuxième album s’enrichit (ou s’appauvrit, selon les goûts de chacun) d’une production plus claire, réduisant l’esthétique lo-fi au seul  »Population Control ». Ce choix se justifie ici par une place plus large accordée à chaque membre du groupe, comme l’atteste l’importance prise par la multi-instrumentiste, Allegra Sauvage. De l’aveu même des co-fondateurs du groupe, le changement de line-up (incluant le batteur Andy Chugg) était nécessaire, au regard de l’atmosphère douteuse d’antan.

C’est probablement là où réside la force de  »Imps of Perversion », composé par un groupe désormais sur la même longueur d’ondes, à même de répandre son fiel harmonieusement. Sous la direction de Martin Bisi, éminent producteur de Swans, Boredoms ou Sonic Youth, Pop. 1280 quitte la rage ineffable pour la tension intelligible, dissipant par la même occasion tous les doutes qui l’accompagnaient. En résulte un disque brillant, si ce n’est majeur, dont les écoutes répétées provoquent le plaisir mal dissimulé du démon de la perversité.

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« Riding Shotgun », « Nailhouse », « The Control Freak »

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