Pharoahe Monch – « Desire »

Desire[Album]
25/06/2007
(Universal Motown/Universal)

La vie d’artiste ne va pas sans frustration. Pharoahe Monch en a payé le prix fort, lui, une des valeurs les plus sûres de la scène hip hop, parti sur les chapeaux de roue au sein d’Organized Konfusion, avant de sortir « Internal Affairs« , un des albums les plus prédominants des années 90, alors que Rawkus squattait de manière presque dominatrice l’estime de tous les b-boys de l’époque. C’est à partir de là que le new yorkais se retrouva dans des problèmes contractuels sans fin qui ralentirent significativement sa carrière, rayèrent son deuxième album de la carte, ne l’autorisant qu’à quelques apparitions ici ou là, en compagnie de Sa-Ra pour le maxi « Agent Orange » ou pour l’album de remixes de Linkin Park. Rien qui ne soit à la hauteur de son talent. Autant dire qu’après huit longues années d’absence, on finissait par ne plus croire à la sortie de « Desire ». Pourtant, Dieu sait que l’attente valait le coup, Monch ayant durement travaillé dans l’ombre au point de conserver haut la main son statut d’artiste incontournable..

Pharoahe Monch réapparaît donc sérieusement sur la scène hip hop comme si le temps s’était arrêté depuis « Internal Affairs ». Façon de parler, car le bonhomme a évolué, se montre définitivement plus mature, mais a surtout eu le bon goût de ne pas tomber dans les travers actuels du genre. Monch n’a incontestablement pas oublié les basics de l’âge d’or du genre, à savoir l’originalité, la sincérité, et une habileté rare dans le verbe (« Welcome To The Terrordome » ne transpire t-il pas Public Enemy?). Il faut dire que ces dernières années l’auront sûrement aidé à garder les pieds sur terre, à ne pas tomber dans une surproduction sans âme et formatée pour les radios et la masse. Non, le Mc originaire du Queens a gardé une approche underground, a pris le recul nécessaire sur l’évolution du hip hop, comme le prouvent à leur manière les producteurs ayant contribué à ce retour grandement réussi (Mr Porter de D12, The Alchemist, Black Milk, ou Lee Stone, son collaborateur de longue date)

Seul changement notable, une plus grande ouverture d’esprit perceptible sur des titres tels que « Body Baby » (rappelant à la fois Outkast, Tom Jones et Elvis Presley), ou le premier single « Push » (emmené par les cuivres de Tower Of Power) sur lequel Pharoahe Monch se partage entre flow inspiré et chant taillé pour la couleur gospel du titre. Le reste, tout en marquant une évolution certaine, ne dépaysera pas ceux qui s’attendaient à retrouver les ambiances lourdes et oppressantes de « Internal Affairs ». En cela, « When The Gun Draws » (suite du « Stray Bullet » d’Organized Konfusion) et « Let’s Go » aux beats pachydermiques, « Free » toute guitare en avant, et surtout l’angoissant « What It Is » feront office de rétroviseur. Au milieu de ce grand écart couvrant presque une dizaine d’année, Pharoahe Monch balance quelques petites perles dans une veine des plus classiques, mais qu’il parvient à élever au-dessus du lot grâce à un flow toujours impeccable (« Hold On » avec Erykah Badu finalement préférée à Laureen Hill) et des versions inspirées (le très soul « Desire », ou « Bar Trap » et « So Good » au groove fracassant). « Desire » sonne donc à la fois comme une émouvante retrouvaille et une progression appliquée avec une aisance insolemment naturelle. Pharoahe Monch n’a rien perdu de sa puissance, ni de sa technique, et avec une telle prouesse précédée d’une si longue absence, surclasse divinement les Talib Kweli et Mos Def, certainement ses premiers concurrents de l’époque, ayant pourtant eu l’occasion de prendre une belle avance durant son hiatus forcé. Conscient qu’un retour en demie teinte aurait été totalement suicidaire, « Desire » répond largement aux attentes et se permet même de confirmer haut et fort que son géniteur est l’un des plus grands Mcs de ce nouveau millénaire. Un « masterpiece », comme on dit de l’autre côté de l’Atlantique. Pas si surprenant après tout..

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